Prédication du dimanche 8 avril 2018 - Romains 5.8-11 ; 6.3-13 - Choisir d’être vivants pour Dieu (S. Guiton)




J’ai pris cette photo l’an dernier dans un petit cimetière alsacien. J’ai vu dans ces tombeaux d’où jaillissent des fleurs une belle image de Pâques : la vie qui jaillit de la mort. Dans un lieu où nous croyons ne plus trouver d’espoir, rencontrer la vie, si belle, si colorée, qui jaillit… beau symbole.  
Et puis les tombes de tous ces inconnus qui fleurissent rappellent aussi que Pâques ne concerne pas seulement Jésus - comme un événement lointain, ancien, extérieur à nous. C’est aussi la promesse que Dieu veut nous ressusciter, nous aussi !
En cela, Pâques nous concerne tous, directement, intimement.
Non seulement la résurrection de Jésus annonce celle que nous vivrons, lorsqu’il reviendra. Mais elle ouvre aussi nos vies à une résurrection d’un autre ordre, dès maintenant : la possibilité de recevoir une vie nouvelle au coeur de notre existence présente.
C’est ce que dit Paul dans un texte assez dense de l’épître aux Romains que je vous propose de méditer maintenant.


Lecture : Romains 5.8-11 ; 6.3-13

Voici comment Dieu a prouvé son amour pour nous : alors que nous étions ses ennemis, Dieu nous a réconciliés avec lui par la mort de son Fils ; à plus forte raison, maintenant que nous sommes réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie. Mieux encore : nous plaçons maintenant notre fierté en Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a obtenu la réconciliation […]
Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en relation avec sa mort afin que, comme Christ a été ressuscité par la puissance glorieuse du Père, nous menions une vie nouvelle. […]
Or, puisque nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. […]
Ainsi, vous aussi, considérez-vous comme morts pour le péché, et comme vivants pour Dieu dans l’union avec Jésus-Christ. 
Donc le péché ne doit plus avoir de pouvoir sur votre corps qui mourra un jour, et vous ne devez plus obéir aux désirs mauvais de votre corps.
Ne mettez plus votre corps au service du péché, comme un moyen pour faire le mal. Au contraire, mettez-vous au service de Dieu, comme des vivants revenus de la mort ». 

[Prière] 
Dieu de la vie, toi qui a ressuscité Jésus, viens faire grandir ta vie en nous, par la Parole. Qu’elle germe en nous, qu’elle ouvre nos coeurs et nos intelligences à ton amour, et nous ouvre à toi, à nous -mêmes et aux autres. 
Au nom de Jésus
Amen


En méditant ce texte, une parole en particulier m’a touché : « vous aussi, considérez-vous comme morts pour le péché, et comme vivants pour Dieu dans l’union avec Jésus-Christ ».

Comment nous considérons-nous ? Est-ce que nous nous voyons comme Dieu nous voit ? 
Je crois que nous sommes souvent plus durs envers nous-mêmes que Dieu l’est. Dans les entretiens, j’entends souvent dire : « oh, je ne suis pas parfait, je ne fais pas ce qu’il faut… ». Bien sûr. Et le péché, qui est cette force qui nous éloigne de Dieu, qui est tout ce qui en nous résiste à ce Dieu qui pourtant veut nous épanouir, le péché avec ses fruits bien connus que sont le mensonge, les conflits, la trahison, l’orgueil… ce péché là est bien actif dans nos vies. C’est une réalité. 
Mais quand Paul dit : « considérez vous comme morts à ce péché et vivants pour Dieu », il évoque quelque chose de tout aussi réel : Christ a vaincu le péché, et si nous plaçons notre confiance en lui, toutes ces puissances de mort n’ont plus de pouvoir sur nous. Dieu nous voit saints ! « Autrefois, dit-il, vous étiez esclaves du péché. Maintenant…vous avez été libérés … et vous êtes au service de ce qui est juste ». (Ro 6.17) ;

Aussi, nous regarder nous-mêmes comme « vivants pour Dieu », cela n’a rien à voir avec ces techniques de développement personnel où il faut se regarder dans le miroir en disant : « toi, tu es un winner et tu vas tout fracasser ». Au delà des aspects psychologiques, cette affirmation de Paul est fondée sur la réalité objective de ce que Dieu a accompli par la mort et la résurrection de Jésus : il nous a « réconciliés avec lui », « sauvés par sa vie ». Ce que nous étions sans Dieu n’est plus et nous avons été ressuscités pour une vie nouvelle. Paul dit cela de façon un peu énigmatique : « nous avons (…) été ensevelis avec lui par le baptême en relation avec sa mort afin que, comme Christ a été ressuscité par la puissance glorieuse du Père, nous menions une vie nouvelle ». 

Il est particulièrement pour nous de comprendre que cette vie nouvelle est donc d’origine surnaturelle. Paul parle de la « mener » « comme Christ a été ressuscité par la puissance glorieuse du Père » - c’est-à-dire par la puissance du Saint Esprit. Dieu, souffle de vie en nous. 

On voit donc que croire en Jésus, c’est plus qu’adopter un nouveau système de valeur ou une nouvelle tradition religieuse. C’est de mort et de résurrection qu’on parle. Si j’accepte de laisser le contrôle de ma vie à Jésus, que j’accepte d’être au bénéfice de sa mort sur la croix, Dieu me fait ressusciter intérieurement, il met en oeuvre en moi la même puissance de vie qui a arraché Jésus à la mort. 
Et cela par son Esprit qui vient habiter en moi, et me communiquer non seulement le bénéfice du sacrifice de Jésus - la vie éternelle - mais aussi ses pensées, sa foi, son amour… sa vie ! Je suis alors reconnecté à la source. 
Voilà pourquoi Paul peut se permettre d’affirmer : « J'ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi » (Galates 2.20). 
Voilà pourquoi Jésus dit au très religieux Nicodème : tu sais beaucoup de choses, mais il te manque l’essentiel : tu dois naître de nouveau. 

Avons-nous fait l’expérience de cette vie nouvelle, d’un changement dans notre vie ? 
Parfois, on ne sait pas trop quand ça a commencé. Beaucoup de personnes évoquent un changement progressif, notamment celles qui ont grandi dans une famille chrétienne. Personnellement, j’ai vraiment expérimenté un changement d’orientation profond de mon être lorsqu’à 19 ans, au GBU, j’ai finalement laissé Christ entrer dans ma vie (après avoir bien résisté, et bien tourné). Je me suis mis à avoir soif de prier, de connaitre Dieu. C’était comme si le ciel noir qui me surplombait s’ouvrait et qu’une énergie positive totalement inconnue montait en moi. Surtout, la Bible s’est mise à me parler ! Comme si certains versets avaient été écrits spécialement à mon intention. 
Je me suis mis à vivre pour Dieu. Je sais que c’est Dieu, lui seul, qui a fait cela. 
Avec le recul, je retiens que l’essentiel dans ce chemin de conversion n’est pas de ressentir la vie nouvelle, ou de vivre une expérience particulière, mais de croire Dieu sur parole. Ce qu’il a promis, il le fera, toujours. Lui faire confiance, et le laisser agir. 

« Considérez-vous comme morts pour le péché et comme vivants pour Dieu en Jésus-Christ ».
La foi en Christ nous libère du mal pour une vie toute nouvelle. Il n’est donc plus normal que le péché exerce un pouvoir quelconque sur nous et que nous obéissions à des "désirs mauvais » ou que nous continuions à pécher. Puisque nous avons été arrachés au péché, nous pouvons lui dire non avec toute l’autorité de Christ en nous, pour nous mettre entièrement au service du Dieu de la vie. 
Alors, dira-t’on, pourquoi ne sommes-nous plus saints ? Pourquoi nos vies de chrétiens ne sont-elles pas plus… vivantes ! 
Tous, quel que soit le point où nous en sommes avec Dieu, nous avons un choix à faire : choisir de sortir de la tombe et d’être vivants pour Dieu, en nous emparant des promesses qu’il nous fait.

À la fin de la guerre de Sécession, Abraham Lincoln a signé une loi décrétant la libération de tous les esclaves des États-Unis. Pour autant, certains maîtres ont méprisé l’autorité présidentielle et tenté de garder illégalement leurs esclaves, en les menaçant et en comptant sur leur docilité. Satan, dont le Christ a dépouillé l’autorité, agit de la même façon avec nous. Allons-nous faire comme ces esclaves pourtant déclarés libres qui restaient quand même sous la domination de leur maître ? 

Un acte de notre volonté est nécessaire ici : est-ce que ma volonté est de rester dans mon ancienne vie de péché ? Ou est-ce ma volonté d’être dans la vie de résurrection de Christ, qui est entrée en moi par le Saint Esprit ? 

Il me faut choisir d’être vivant pour Dieu. Ça implique donc de changer de regard sur moi-même. Est-ce que je vais continuer par exemple à me considérer comme une victime irrémédiablement blessée et en attente d’une réparation ou d’une reconnaissance ? Comme responsable de tout et de tous ? Ou comme indigne de l’amour des autres ? 
Ou bien est-ce que je vais choisir de croire Dieu sur parole, quand il me dit que je suis son enfant bien aimé ? Que je suis rentré à la maison, revenu d’exil, et que désormais je n’ai plus à craindre pour ma vie ni à porter le manteau de la solitude et du deuil ? 

Il me faut choisir d’être vivant pour Dieu. Cesser de vivre comme si j’étais moi même ma propre source, car cela ne me conduit qu’à l’assèchement. Puiser à la source de Dieu. 
Combien d’entre nous, même après des années de vie chrétienne, luttent encore pour maitriser les choses, comme si tout dépendait d’eux, qu’il leur fallait sans cesse être plus performants, plus engagés, plus  « chrétiens » ? Il y a quelques années, cela m’a conduit pas loin du burn out. Mais Dieu m’a fait la grâce de découvrir alors, dans une période de désert, la source de sa grâce qui coulait en moi, et que je ne voyais pas tant j’étais préoccupé de me sauver moi-même. 
Mourir au péché, c’est aussi déposer les armes. Cesser de regarder ce qui ne va pas en moi, et centrer mon attention sur Jésus. Compter sur les ressources du Saint Esprit, plutôt que sur mes propres forces. 
Il nous faut choisir d’être vivants pour Dieu. Dieu nous a donné des supports, des aides, pour tenir ce choix dans la durée. J’en évoquerai juste trois : le baptême, la prière, la Bible. 

Parce que nos sentiments sont fluctuants, le rite du baptême est un soutien pour notre foi. Il est le symbole de cette mort et de cette résurrection, de cette « nouvelle naissance » que la foi en Jésus nous fait expérimenter. 
Le baptême est un soutien précieux car il fait de nos expériences intérieures un engagement partagé en public ; nous mettons des mots sur notre foi, et surtout cette expérience d’entrer et de sortir de l’eau rend concrète la promesse de vie nouvelle que Dieu nous fait. 

La Bible et la prière nous sont données aussi comme moyens naturels d’entrer en contact avec notre Père céleste et recevoir de lui la vie
Dans la prière, je parle à Dieu et je l’écoute. Je me pose dans sa présence, sous son regard bienveillant, je viens déposer ce qui pèse, et recevoir son amour. Dans les circonstances les plus banales de ma vie, il est là. Il me suffit de tourner mes pensées vers lui pour qu’il m’inonde de sa vie. Je ne veux pas oublier que lui seul peut me donner la force de vivre et de dire non à ce qui me fait du mal. 

Dans la Bible, Dieu nous parle de façon personnelle. Lisons là en demandant à Dieu de nous faire entendre des paroles de vie, des paroles d’amour qui nous permettent d’être plus vivants encore pour lui. 
Et pour cela, je vous conseille de commencer par les textes qui vous sont le plus familiers - les Evangiles, les psaumes, l’hymne sur l’amour d’1 Corinthiens 13… 

Les nouvelles technologies, qui sont un grand adversaire de la prière et de la méditation, peuvent aussi être de grands alliés : certaines applis ou sites sont de bons supports pour lire ou écouter la Bible même sur le trajet du travail). 

Voici quelques ressources intéressantes : 



Pour finir, je dirai ceci : si malgré votre désir de vivre pour Dieu, vous sentez des résistances plus fortes que vous, vous avez le sentiment de ne plus avancer, il vous faut en parler, ne pas rester seuls, chercher l’aide d’autres chrétiens pour prier avec eux. 
Garder le silence sur nos combats intimes avec le péché, c’est comme rester dans un tombeau, alors que la pierre a été roulée, et que Christ a ouvert le passage ! 



Questions : est-ce que ma volonté est de rester dans mon ancienne vie de péché ? Ou est-ce ma volonté d’être dans la vie de résurrection de Christ, qui est entrée en moi par le Saint Esprit ? 
Est-ce qu’il y a un péché qui me retient captif ? A qui pourrais-je en parler pour obtenir de l’aide et sortir de ce qui m’enferme ? 

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