lundi 16 septembre 2019

Prédication du dimanche 15 septembre - Luc 7.36-50 – foi contre religion (culte de baptême/présentation d'enfant) - (S. Guiton)

Prédication du dimanche 15 septembre
Luc 7.36-50 – foi contre religion



La scène se déroule chez un Pharisien ; à l’époque de Jésus, c’était une classe de juifs très religieux, très stricts. 

Lecture : 
36Un pharisien invita Jésus à prendre un repas avec lui. Jésus se rendit chez le pharisien et se mit à table. 
37Il y avait dans cette ville une femme qui se prostituait. Lorsqu'elle apprit que Jésus était à table chez le pharisien, elle apporta un flacon d'albâtre plein de parfum 38 et se tint derrière Jésus, à ses pieds. Elle pleurait et se mit à mouiller de ses larmes les pieds de Jésus; puis elle les essuya avec ses cheveux, les embrassa et répandit le parfum sur eux. 
39Quand le pharisien qui avait invité Jésus vit cela, il se dit en lui-même: « Si cet homme était vraiment un prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche et ce qu'elle est : une femme qui a péché.» 
40Jésus prit alors la parole et dit au pharisien: « Simon, j'ai quelque chose à te dire.» Simon répondit : « Parle, maître.» 
41Et Jésus dit : « Deux hommes devaient de l'argent à un prêteur. L'un lui devait cinq cents pièces d'argent et l'autre cinquante. 
42Comme ni l'un ni l'autre ne pouvaient le rembourser, il fit grâce de leur dette à tous deux. Lequel des deux l'aimera le plus ?» 
43Simon lui répondit : «Je pense que c'est celui auquel il a fait grâce de la plus grosse somme.» Jésus lui dit : «Tu as raison.»
44Puis il se tourna vers la femme et dit à Simon: «Tu vois cette femme ? Je suis entré chez toi et tu ne m'as pas donné d'eau pour mes pieds; mais elle m'a lavé les pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux. 
45Tu ne m'as pas reçu en m'embrassant; mais elle n'a pas cessé de m'embrasser les pieds depuis que je suis entré. 
46Tu n'as pas répandu d'huile sur ma tête; mais elle a répandu du parfum sur mes pieds. 
47C'est pourquoi, je te le déclare : ses nombreux péchés ont été pardonnés parce qu'elle a manifesté beaucoup d'amour. Mais celui à qui l'on a peu pardonné ne manifeste que peu d'amour.» 
48Jésus dit alors à la femme : « Tes péchés sont pardonnés ». 
49Ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire en eux-mêmes: « Qui est cet homme qui ose même pardonner les péchés ? » 
50Mais Jésus dit à la femme : «Ta foi t'a sauvée : va en paix.»

Voilà un épisode étonnant, où Jésus pratique l’art du contrepied qui lui est si familier. 
On assiste ici au choc de deux mondes – une prostituée méprisée de tous au milieu de la bonne société juive. Et contre toutes attentes, Jésus qui non seulement accorde sa bénédiction à cette femme, (« va en paix, tes péchés sont pardonnés ») mais en plus la donne en exemple à Simon, l’homme riche qui l’accueille (et ne doit pas être déçu de l’expérience) !
Nous pouvons aisément partager la surprise de Simon : en quoi cette femme peut-elle être une source d’inspiration ?!

Pour le comprendre, suivons le parcours que Jésus fait faire à Simon.  

A.    La religion, tombeau de la foi

Quelqu’un a dit : « la religion est le tombeau de la foi ». J’ai pensé à cela à propos de Simon le pharisien. 
En effet, Simon est un homme religieux qui semble convaincu d’être dans le camp des gens « bien », mais cela fait obstacle à sa recherche de Dieu. 
Car il est en « position haute, etjuge à la fois la femme – « c’est une femme pleine de péchés » - et Jésus – « ce n’est pas un vrai prophète ». Jésus qu’il a d’ailleurs invité, mais sans juger utile de lui offrir les honneurs pourtant obligatoires au Moyen-Orient – donner de l’eau pour les pieds, parfumer la tête et faire la bise - peut-être pour faire sentir sa supériorité à ce modeste prédicateur itinérant qu’il daigne recevoir chez lui pour l’évaluer.
Je trouve que cet homme incarne ce qu’hélas, beaucoup associent à la « foi » : une attitude morale fermée, des exigences et des certitudes arrêtées. « La religion, tombeau de la foi ». La religion légaliste des Pharisiens qui n’excluait pas une recherche spirituelle sincère… mais dont Jésus dénonce souvent les impasses, les hypocrisies. Car devant Dieu, c’est le cœur qui compte,. 
Qu’y a t’il dans celui de Simon, quand il regarde la femme ? Du mépris, certainement. Une convoitise malsaine aussi ? Après tout, elle se défait les cheveux en public, ce qui est un geste hautement érotique dans la culture de l’époque…  
On ne le sait pas, mais Jésus, lui, voit que cet homme a besoin d’ouvrir son cœur, s’il veut entendre Dieu. 
« La religion, tombeau de la foi ». La foi de Simon est comme enterrée sous la lourde pierre d’une religion légaliste. 

Comment ne pas sentir proche de lui ? On devient vite un Simon ! Quand du haut de sa foi ou de son rationalisme, on juge les autres. 
Le jugement fait tellement partie de nos vies que nous avons aussi tendance à imaginer un Dieu qui comme nous le faisons souvent attend que nous soyons à la hauteur de ses exigences pour s’intéresser à nous, un Dieu qui, comme Simon le fait avec Jésus ici, nous évaluerait constamment du haut du ciel… 


B.   La foi,  une réponse à l’amour de Dieu

Mais Dieu qui se révèle en Jésus n’est pas comme cela, comme le montre l’attitude du Christ avec Simon. Avec bienveillance, Jésus va entrer en relation avec Simon et par une parabole l’aider à avancer, en le faisant réfléchir : « Deux hommes devaient de l'argent à un prêteur, l’un 150 et l’autre 50… ». Deux ans de salaire pour l’un, deux mois pour l’autre ! 
Classer les péchés selon leur gravité était important pour les Pharisiens, cela alimentait leur sentiment de pureté. Cette parabole dit au contraire que devant la perfection de Dieu, tout le monde est débiteur, d’une manière ou d’une autre. Peu importe le montant de la dette, la gravité de ce qu’on a pu faire… pas de situation privilégiée. 
Dur à entendre pour Simon ! 
Mais il y a aussi une bonne nouvelle: la dette peut être enlevée. Cependant, c’est un libre choix du prêteur, hors de tout mérite
 « Comme ni l'un ni l'autre ne pouvaient le rembourser, il fit grâce de leur dette à tous deux ». Ici Jésus parle de Dieu, son Père, dont il est venu pour révéler l’amour. Voilà la bonne nouvelle qu’il annonce, par les mots et les actes :  « Le moment décidé par Dieu est arrivé, et le Royaume de Dieu est tout près de vous. Changez votre vie et croyez à la Bonne Nouvelle ! » (Marc 1.15). La bonne nouvelle de l’amour de Dieu.
Une bonne nouvelle qui n’est pas juste à écouter, mais qui invite à une réponse. « Changez votre vie et croyez ! ». 

Jésus révèle cela à Simon : avec Dieu, l’amour est la première loi. 
« Lequel des deux l'aimerale plus ? ». 
Et pour cela, il donne la femme en exemple : c’est vrai, elle n’a rien pour mériter l’approbation de Dieu. Mais elle a compris l’essentiel : elle est pauvre, elle a besoin de Dieu, et celui-ci est prêt à lui ouvrir les bras. 

De cette femme anonyme, on sait seulement que ses relations avec les hommes sont toxiques, blessées, et source de souffrances.
Mise au ban de la société, elle connaît trop bien ses échecs et ses fautes, elle voit bien sa misère. Certainement ses pleurs disent son profond regretd’en être arrivée là. 

C.    La foi, une démarche d’humilité

Et c’est vraiment dans la repentancequ’elle vient vers Jésus , en position basse. Sans doute a t-elle entendu parler de l’amour et des miracles de Jésus , de son message de grâce. 
Alors oui, elle vient vers lui d’une façon pas forcément « conforme » aux usages, mais c’est peut-être la seule qu’elle connaisse avec les hommes– une approche sensuelle, un contact physique, sans mots. Jésus choisit d’accepter cet hommage un peu déplacé parce qu’il voit la sincérité de cette femme pleine d’attentes envers lui, qui a accouru quand elle a appris qu’il était là. 
Elle est celle à qui il a été beaucoup pardonné. Elle revient de loin, elle le sait, et veut juste dire son attente, sa joie et sa confiance à Jésus. 
En répandant un parfum très cher, c’est toute sa vie qu’elle répand devant Jésus, comme une offrande. 

En cela aussi, elle donne un exemple: alors que Simon n’a pas respecté avec Jésus les usages de base, elle lui a « lavé les pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux » ; elle lui a « embrassé les pieds » et répandu du parfum sur eux, ce qui était un signe d’honneur réservé aux rois. 
Bien sûr, comme Simon, Jésus n’approuve pas non plus les errances de cette femme - ses « nombreux péchés »... dit-il. Mais c’est le pardon qu’il offre, la paix, un nouveau départ. 
« Qui est cet homme qui ose même pardonner les péchés ? », disent les convives. Jésus le peut, car il est Dieu lui-même. 
Seul Dieu peut payer notre dette, l’effacer. Lorsque Jésus parle d’enlever la dette, il sait que c’est au prix de sa propre vie qu’elle le sera. Il va aller jusqu’à la mort sur la croix pour que nous puissions être pardonnés. 

 « 16« Oui, Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, dit la Bible. Ainsi, tous ceux qui croient en lui ne se perdront pas loin de Dieu, mais ils vivront avec lui pour toujours. 
17En effet, Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais il l'a envoyé pour qu'il sauve le monde. 
18Celui qui croit au Fils n'est pas condamné » (Jean 3.16). 

Je crois qu’on n’a jamais fini de méditer ces quelques mots. 
Le pardon de Dieu n’est pas une grâce à bon marché. C’est la démarche d’un Dieu qui s’engage, et qui est prêt à payer le prix nécessaire pour nous retrouver, nous sauver. 

Certainement, sans avoir tous les détails théologiques que la Bible nous révèle, la femme a compris qu’un tel accueil était possible auprès de Jésus. 
Alors sur la base de sa foi, Jésus pardonne ses fautes et la relève : « ta foi t’a sauvée, va en paix ». 

Questions :

De quel personnage vous sentez-vous le plus proche, ce matin, et pourquoi ? 

Est-ce que nous avons du mal à aimer et à croire, nous aussi ? Dieu nous invite à le lui dire, en toute simplicité, lui qui sait nous rejoindre là où nous sommes et nous aider à avancer. 
Demandons-lui de nous révéler ce qui nous bloque. 

Est-ce qu’aujourd’hui nous avons besoin de son pardon et de son amour, nous aussi, pour aller en paix ? Il nous invite à lui demander, en toute simplicité. A lui dire ce qui pèse, pour qu’il le prenne et nous remplisse de son Esprit. 

Est-ce que nous sommes remplis de reconnaissance, nous aussi ? Il nous invite à l’exprimer ! Que pouvons-nous offrir à Dieu pour cela – des prières de louange ? Du temps ? Demander le baptême ?! 


Prédication du dimanche 8 septembre 2019 - « Bien connaître la providence de Dieu est un trésor inestimable » (S. Guiton)

Prédication du dimanche 8 septembre 2019
« Bien connaître la providence de Dieu est un trésor inestimable »[1], J. Calvin

Ce matin, je vous invite à nous mettre à l’écoute de quelques passages bibliques, en vous laissant le soin dans un premier temps de chercher ce qui peut bien les unir…

Actes 17. 24-28 : Dieu, qui a fait le monde et tout ce qui s'y trouve, est le Seigneur du ciel et de la terre… c'est lui qui donne à tous la vie, le souffle et tout le reste. 27. En réalité, Dieu n'est pas loin de chacun de nous, 28car : “C'est en lui que nous vivons, que nous bougeons et que nous existons.”

Éphésiens 1.11 : « Dieu réalise toutes choses conformément à ce qu'il a décidé et voulu ». 

Matthieu 6.24. « Vous ne pouvez être esclaves de Dieu et du Dieu argent. 25C'est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez ou de ce que vous boirez, ni, pour votre corps, de ce dont vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? 
26Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment pas, ils ne moissonnent pas, ils ne recueillent rien dans des granges, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? 27Qui de vous peut, par ses inquiétudes, rallonger tant soit peu la durée de sa vie ? 
31Ne vous inquiétez donc pas, en disant : « Qu'allons-nous manger ? » Ou bien : « Qu'allons-nous boire ? » Ou bien : « De quoi allons-nous nous vêtir ? » 32— tout cela, c'est ce que les gens de toutes les nations recherchent sans relâche — car votre Père céleste sait que vous en avez besoin. 
33Cherchez d'abord le règne de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné en plus ».



Quel est l’idée commune à ces différentes paroles bibliques ? 
Un seul mot peut la résumer – un mot ancien, qu’on n’utilise plus trop : la providencede Dieu. 
La providence, c’est la manière dont Dieu gouverne le monde, conformément à sa volonté et en pourvoyant aux besoins de sa création…

Ainsi, en Actes 17, Paul affirme que Dieu est le créateur, bien sûr, il a « fait le monde », dit Paul, mais plus encore : il est « le Seigneur », c’est lui « qui donne à tous la vie », et c’est même « en lui que nous vivons, que nous bougeons… ». 
Et rien ne se passe sans qu’il ne soit à la manœuvre : « Dieu réalise toutes choses conformément à ce qu'il a décidé et voulu », dit l’apôtre aux Ephésiens. 

Dieu est souverain…. Y pensons-nous, parfois ? Qu’est-ce que ça change pour nous ? 

Ce point de foi est important notamment parce que croire en la providence de Dieu, c’est aussi croire que Dieu prend soin de sa création, et donc de nous. 

C’est cela, je crois, que nous avons le plus de mal à croire. Parce que notre vie quotidienne met sans cesse ces affirmations à l’épreuve ! N’y a t’il pas, partout, du mal ? N’y a t’il pas des choses qui se passent et qui nous font douter de la présence agissante de Dieu ? 
Et sans aller jusqu’aux drames, la banalité de notre quotidien même, la vie matérielle avec ses joies et ses soucis éprouve notre foi en l’action de Dieu pour nous. Croyons-nous que Dieu dirige tout et veille sur nous ? Certainement… en théorie ! Mais jusqu’à quel point, en réalité ? Et quelle est notre part ? Après tout, il nous faut bien aller travailler et gagner notre pain grâce à nos efforts… 
Quelle est donc la place de la providence de Dieu dans nos vies, alors ?
Nous avons du mal à la comprendre, à y croire vraiment, et cela peut être une source de profonde insécurité, de doute. Ce n’est pas pour rien que Jésus parle ici de l’inquiétude…


Le théologien Jean Calvin résume bien les choses quand il écrit : « la plus grande misère de l’être humain est d’ignorer la providence de Dieu et bien connaître la providence est un trésor inestimable »[2].

Une des raisons de notre difficulté à croire peut être le fait que notre vision de Dieu a été contaminée par des conceptions non-bibliques très présentes dans notre culture.
Commençons par les évoquer brièvement, pour les démasquer et mettre en relief la conception biblique. Nous reviendrons ensuite brièvement sur les paroles de Jésus en Matthieu 6, pour en tirer quelques enseignements pratiques.

Bien sûr nous n’épuiserons pas ce sujet grandiose ce matin, et au risque de décevoir, j’aborderai plus tard la question mystérieuse du mal – si Dieu est souverain, pourquoi le mal ? Une chose cependant, que la Bible ose affirmer : Dieu est plus grand que toutmal. 

Revenons à cette question : jusqu’à quel point Dieu est-il engagé pour nous ? 
En dehors du christianisme, il existe globalement 3 réponses à cette question.


Il y a d’abord la conception déiste : Dieu a créé le monde, et puis il s’en est retiré. Il n’y intervient plus. Cf image du grand horloger : le monde est une mécanique bien faite mais qui tourne toute seule. Ceux qui croient à la chancese rangent dans cette catégorie : seuls des enchainements de causes et d’effets conduits par le « hasard » gouvernent nos vies. Dieu est un Dieu absent. 

Comment alors croire qu’il prenne soin de nous personnellement ? 

Or, on peut être chrétien, et voir Dieu comme cela parfois… dans tous ces moments où nous menons notre vie comme si le monde tournait tout seul, que Dieu était absent, ou qu’il n’intervenait que pour les événements importants, ou pour ce qui concerne les aspects « spirituels » de la vie, le salut, etc. Mais le concret – ce qui fait l’essentiel de notre vie, en fait ! – il ne s’en occuperait pas ! 

Un Dieu distant, absent… le Dieu de la Bible n’est pas comme ça, lui qui est venu en personne vivre notre vie, marcher avec nous, mourir pour nous. Lui qui s’est engagé de tout son être par amour pour nous, et a promis d’être « tous les jours avec nous ». 


Il y a aussi la vision panthéiste : Dieu est le monde. Il est partout dans sa création mais sans volonté définie, sans projet. C’est la vision des religions orientales, qu’on retrouve très fort dans la spiritualité du nouvel âge, certaines médecines parallèles où Dieu est confondu avec des « énergies » avec « la vie », une force positive anonyme. 
Ici Dieu est un Dieu diffus, impersonnel,qui se ressentplus qu’il ne se rencontre

Est-ce qu’il ne nous arrive pas de vivre notre foi comme si les choses étaient comme ça ? Comme s’il nous fallait sentir Dieu pour être sûr qu’il agit dans nos vies, qu’il est là ?  
(préoccupation très contemporaine, très présente : nous voulons sentir Dieu pour croire qu’il est là). 
Le risque alors, quand on ne ressent plus Dieu, est de croire que sa providence s’est détournée de nous…

Mais le Dieu de notre foi n’est pas comme ça non plus : il a un nom et un visage, celui de Jésus-Christ. Il est un Dieu qui parle, de façon intelligible, dans la Bible, il fait ce qu’il promet que nous en soyons conscients ou pas. 


Enfin, il y a le fatalisme : tout est déjà écrit, ce que je fais ne change rien, tout est déjà déterminé. Ici Dieu intervient comme un Dieu rigide, voire un dictateur qui ne tient aucun compte de notre liberté. C’est la conception de l’Islam. A quoi ça sert d’avoir des idées, des projets, des envies ? Tout est déjà écrit ! 

Je crois qu’une telle conception est plus répandue qu’on ne le croit chez les chrétiens. J’entends souvent cette question : est-ce que Dieu a un plan tout tracé pour ma vie, que je dois découvrir absolument sous peine de passer à côté du bonheur ? J’ai rencontré beaucoup d’angoisse chez des jeunes à ce propos (choix dans le domaine sentimental, études…). 
Beaucoup de chrétiens doutent aussi de la valeur de leurs actions et de leurs désirs : est-ce qu’on a le droit d’avoir des idées, des envies… ou bien « suivre la volonté de Dieu » signifie seulement : refouler ce qui nous tient à cœur pour seulement tenter de deviner le plan établi d’avance par Dieu et le suivre ? Cette conception est très présente dans la vie d’Église – on n’ose pas avoir des initiatives ! Est-ce juste ? 

Un Dieu qui ne tiendrait aucun compte de nos désirs, de nos aspirations, de nos idées, qui ne laisserait pas de classe à notre créativité – lui, le Créateur, qui nous a fait à son image ? 

La providence de Dieu, sa façon de gouverner le monde, n’est pas celle-ci. 
Cette idée, comme les deux autres, n’est pas biblique. Ce sont là de fausses imagesde Dieu quiévacuent toutes la nature relationnelle de Dieuet la réalité de son action positive envers ses enfants. 
Il nous faut les débusquer, et refuser fermement d’y adhérer car elles nous détournent de Dieu et nuisent à notre foi en lui et en sa providence. 

Seul la Parole, et celle de Jésus surtout, nous révèle vraiment qui est Dieu.


Dans le chapitre 6 de Matthieu – le sermon sur la montagne – Jésus parle de la providence, mais pas dans un discours abstrait. Sa réponse est simple et directe : Dieu est bien un roi tout puissant, - il parle du « royaume de Dieu », il règne sur sa création – mais avec le cœur et la proximité d’un Père. 
C’est la grande révélation qui est au cœur de ce chapitre 6 : le Dieu tout puissant est un Père proche, dont la providence est à l’œuvre pour nous jusque dans les plus petites choses. 

 « Votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous lui demandiez », dit Jésus au v.8  
v.6 : « Votre Père voit dans le secret » ce que vous lui dites dans vos prières. Il est attentif. 

Et particulièrement, au verset 26 : « Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment pas, ils ne moissonnent pas, ils ne recueillent rien dans des granges, et votre Père céleste les nourrit ». 

Jésus regarde les oiseaux, et il y voit la présence bienveillante de Dieu, qui s’assure qu’ils soient nourris. 

Son raisonnement alors est simple, logique, imparable : « Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? ». Si Dieu s’occupe de nourrir de simples oiseaux, ne va-t’il pas s’occuper aussi de vous nourrir, vous ? Alors pourquoi vous inquiéter ? Cette inquiétude, dit Jésus ici, vous amène à vous accrocher à de faux dieux – principalement à l’argent, qui vous rassure mais érode votre confiance en Dieu, en limitant votre dépendance à lui, et qui vous entraine aussi dans de nouvelles inquiétudes. 
Parce que vous imaginez Dieu absent, ou lointain, ou un peu diffus, ou rigide… vous ne lui faites pas vraiment confiance et vous restez inquiets, vulnérables face à la vie et ses aléas qui vous échappent toujours. Mais votre Dieu n’est pas comme ça. 

« Regardez les oiseaux du ciel », dit Jésus. Changez de regard : au lieu de rester focalisés sur vous, sur ce qui vous préoccupe, sur ce qui vous manque et sur les problèmes que vous avez à résoudre, regardez avec les yeux de la foi, en osant croire que oui, Dieu s’occupe du monde, qu’il en prend soin – et de nous avec. Que sa providence est réellement agissante, comme le manifeste le simple fait que nous soyons vivants, comme le dit Paul en Actes 17. 

Dieu veille sur nous, redit Jésus ici, et il est souverain, tout puissant - alors pourquoi nous inquiéter, et aller chercher la paix ailleurs ? 

« Connaître la providence est un trésor inestimable », dit Calvin, mais c’est là aussi un des plus grands défis de la foi. 
C’est un trésor inestimable, parce que cette connaissance seule peut nous permettre de tenir ferme face aux épreuves de la vie. 

Pour grandir dans cette connaissance-là, Jésus nous donne ici deux attitudesà cultiver : 


D’abord, oser demander à notre Père, qui sait de quoi nous avons besoin, oser nous appuyer sur sa providence. La mettre à l’épreuve, en quelque sorte – meilleur moyen de la voir agir ! 
Oser faire part à Dieu de nos besoins, car il prend soin de nous ; quelques versets plus bas, Jésus enseigne pour cela la prière du Notre Père, avec cette parole de foi en la providence concrète de Dieu : « donne nous aujourd’hui notre pain de ce jour ». 
Croyons-nous que c’est bien la providence de Dieu qui nous permet, chaque jour, d’avoir de quoi vivre ? 


Ensuite, « cherchez d’abord le Règne/Royaume de Dieu » :  Jésus nous dit qu’au lieu de cultiver des attitudes négatives (« ne vous inquiétez donc pas »), il nous faut développer l’attitude positive des disciples, qui détourne de l’anxieté : avoir l’attention constamment orientée vers le royaume et la justice de Dieu : « cherchez d’abord ». C’est-à-dire remettre à Dieu nos soucis, et nous préoccuper plutôt de lui obéir et de vivre le type de vie qu’il veut pour nous. 
Passer à l’action, en somme, cherchant la volonté de Dieu, nous mettant à son service pour vivre la vie d’amour et de témoignage qu’il nous appelle à vivre. Pas d’optimisme irresponsable ici, comme s’il n’était pas besoin de travailler et que tout tomberait du ciel sans difficultés. La vie d’un disciple est difficile – mais que l’anxieté ne vienne pas nous distraire de servir Dieu et les autres.
Alors nous laisserons derrière nous l’inquiétude pour découvrir, toujours plus davantage, la présence de Dieu et la façon dont, concrètement, il peut nous donner ce dont nous avons besoin « en plus ». 

Oui, « connaître la providence est un trésor inestimable ». 

Jésus, qui la connaît mieux que personne, regarde les oiseaux, et il y voit la présence bienveillante de Dieu, qui s’assure qu’ils soient nourris. Demandons lui de nous aider à développer un tel regard, de nous aider à faire vraiment confiance à notre Père céleste. Car sans lui, nous en sommes incapables. 

Je finis par une autre parole de Calvin : 

« Si la providence a sa place dans le cœur croyant, non seulement celui-ci sera libéré de la crainte et de la détresse qui l’oppressaient auparavant, mais il sera délivré du doute. De même qu’à bon droit nous redoutons le hasard, nous avons de bonnes raisons de nous abandonner à Dieu. C’est donc un soulagement merveilleux de savoir que le Seigneur tient toutes choses sous sa puissance, les gouverne selon sa volonté et les dirige avec sagesse, de telle sorte que rien n’arrive si ce n’est comme il l’a prévu. Nous savons aussi qu’il nous a pris en sa garde et nous a confié aux anges pour que ni l’eau, ni le feu, ni le glaive, ni quoi que ce soit d’autre puisse nous nuire, si ce n’est dans la mesure où il le jugera bon… De là vient la confiance dont les chrétiens se glorifient : « L’Eternel est le refuge de ma vie : de qui aurai-je peur ? » (Ps 118.6). 

 S. Guiton 

Quels sont les défis qui m’attendent demain, lundi ? Quels sont les soucis qui me travaillent pour cette semaine – au travail, au lycée, à la fac ?
Dieu a promis de prendre soin de moi, alors il le fera. Je prends un moment pour lui remettre mes soucis, et lui demander de me donner la confiance de Jésus pour vivre cette semaine avec lui, mon Père tout puissant. 

Idée : Cette semaine, noter chaque jour les bonnes choses que Dieu nous a données – même les plus évidentes ! 




[1]Calvin, Institution de la religion chrétienne, XL6, p.172-173
[2]Calvin, Institution de la religion chrétienne, XL6, p.172-173