lundi 6 janvier 2020

Histoire de Naaman - 2 Rois 5.1-19 - Baptême de Jean K. - Recherche d'une guérison intérieure (F.Sépari)


Eglise de Lyon  (Message pour le baptême de Jean K.) (Diapo noire)        le 5 janvier 2020

Dans quelques instants, nous allons assister au baptême d’un jeune de notre Eglise, Jean K. Il sera immergé dans l’eau du baptistère qui se trouve juste derrière moi  en signe de sa foi et de son désir de laisser Dieu diriger sa vie. Et j’ai pensé donc qu’il serait judicieux de lire l’histoire de Naaman, un chef de l’armée syrienne, qui vécu 850 ans avant Jésus-Christ et qui justement s’est plongé dans l’eau du Jourdain pour se débarrasser d’une lèpre tenace. Je vous rassure Jean n’a ni lèpre, ni aucune maladie physique de ce genre. Mais la lèpre est souvent dans la Bible une image de notre péché ; un péché qui abime notre âme au lieu d’abimer notre corps. Et ce passage nous rappelle encore aujourd’hui que c’est par grâce que nous sommes sauvés et pardonnés, et que nous pouvons nous approcher de Dieu.

L’histoire se déroule à une époque de tensions et de guerres répétées entre le royaume d’Israël et celui de Syrie. (Diapo carte) Quelques années avant, Naaman, le chef de l’armée de Ben Hadad, roi de Syrie, a remporté une belle victoire sur Israël faisant à cette occasion de nombreux prisonniers juifs, qui, selon la coutume, sont devenus, esclaves et serviteurs des vainqueurs. Au moment où l’histoire se déroule une période de paix vient de débuter, et voici ce que nous lisons dans le second livre des rois au chap. 5 à partir du verset 1 jusqu’au verset 19 :

Lecture 2 Roi 5.1-19 (Segond 21) (Diapo texte) (Diapo texte) (Diapo texte) (Diapo noire)

Telle qu’elle est racontée dans la Bible, l’histoire de la conversion de Naaman est déjà très vivante. Mais si vous le permettez, et pour tenir compte des enfants qui sont parmi nous ce matin, je vais reprendre cette histoire sur un mode narratif, en espérant attirer votre attention sur certains détails qui ont peut-être échappé à votre vigilance.

(Diapo Naaman) Il est clair que Naaman est un héros de guerre, un héros qui s‘est largement fait remarquer par sa valeur, son courage au combat. Aujourd’hui, il ferait sans doute partie de ces généraux qui arborent (Diapo barette) un placard de médailles et de décorations militaires sur la poitrine. Mais voilà, Naaman a une grosse faiblesse, une terrible maladie : son corps est touché par une lèpre qui s’étend jour après jour (Diapo lèpre). A cette époque, la définition de la lèpre n’était pas aussi précise qu’aujourd’hui, et englobait plusieurs maladies de peau différentes. Probablement, la lèpre dont Naaman est atteint n’est pas trop contagieuse, car il peut fréquenter ses semblables, mais cette maladie demeure une honte pour lui. Peut-être le défigure-t-elle, et le fait-elle même souffrir ? Et une question lancinante revient sans cesse : Pourquoi moi ? Qu’ai-je fait pour mériter cela ? Et surtout : Existe-t-il un moyen de vaincre cette maladie ? (Diapo noire)

Les conditions de vie de la petite esclave juive habitant chez Naaman ne semblent pas trop dures, puisque celle-ci s’est apparemment attachée à son maitre et à sa maitresse. Et avec une naïveté touchante, elle tente d’aider Naaman en lui parlant d’un grand prophète Elisée, qui habite son pays, et qui, dans le passé, a accompli de merveilleux miracles avec l’aide de Dieu. Certainement Elisée peut guérir Naaman ! 

Comment, lui, un héros de guerre, riche, situé au sommet de la pyramide sociale a-t-il pu écouter une petite fille qui se trouve au plus bas, une simple servante, une étrangère, une enfant ? Mais voilà, Naaman l’écoute, et l’idée d’aller voir ce prophète fait peu à peu son chemin ! Pourquoi ne pas essayer ? se dit-il. Qu’ai-je à perdre ? Mais bien sûr Naaman ne peut pas directement aller voir Elisée, sans obtenir l’autorisation du Roi de Syrie, sinon cela pourrait ressembler à une trahison, une collusion avec l’ennemi. Alors il décide de lui demander la permission. Et le roi Ben Hadad la lui accorde, et lui propose même d’écrire un courrier au roi d’Israël afin d’appuyer sa demande. Alors, le chef de l’armée syrienne entreprend de rassembler une grosse somme d’argent (Diapo argent) pour obtenir une audience auprès du roi d’Israël. On ne vient pas devant un roi les mains vides ! On ne sait pas exactement quelle valeur pouvait avoir à cette époque 300 kg d’argent, 70 kg d’or et 10 habits complets, mais aujourd’hui cela ferait plusieurs millions d’euros ! Naaman est certes riche, mais c’est une très grosse somme, et cette expédition devient pour lui une véritable démarche de foi. A bien y réfléchir, le chef de guerre mise beaucoup sur la parole de sa petite servante juive, qui affirme que le prophète Elisée peut le guérir ! (Diapo noire)

1) Une première complication survient quand Naaman rencontre Joram le roi d’Israël et lui remet le courrier venant du roi de Syrie. (Diapo lettre) Celui s’imagine à tort que ce courrier est une provocation destinée à relancer la guerre entre les deux royaumes. Joram a beau être le roi d’Israël, en réalité, il n’est pas vraiment habitué à placer sa confiance en Dieu, et il a déjà oublié que le prophète Elisée habite Samarie comme lui. Peut-être même ne croit-il pas qu’il puisse guérir une lèpre. Et les autres habitants du pays semblent être dans la même disposition d’esprit ! C’est triste, on connait Elisée en Israël, mais peu lui prêtent attention. Un prophète est souvent méprisé dans sa patrie et dans sa maison. Mais heureusement Elisée intervient auprès du roi pour éviter que Naaman ne reparte chez lui.

2) Une seconde complication surgit à cause de l’attitude même d’Elisée ! Naaman arrive en grande pompe (Diapo char) avec ses chevaux, son char, ses serviteurs, ses soldats et toute sa suite. Il est évident que cela n’a pas dû passer inaperçu devant la petite maison de briques et de chaume du prophète. Mais voilà, Elisée ne prend même pas la peine de sortir de chez lui, de l’accueillir et de saluer son hôte (ce qui est le comble dans une culture orientale). Il lui fait juste dire d’aller se baigner dans le Jourdain qui se trouve à 30 km de la ville (c’est-à-dire à un peu plus d’une 1h de char de Samarie). Naaman a fait 300 km pour venir de Damas … et Elisée ne daigne même pas le saluer sur le seuil de sa maison ! C’est vraiment scandaleux !

(Diapo noire) Et pire que cela, Elisée l’envoie faire quelque chose d’enfantin et presque idiot ! Comme si Naaman n’avait pas déjà plusieurs fois cherché à se laver, depuis qu’il avait contracté cette terrible lèpre ! Et quelle différence peut-il bien y avoir entre l’eau d’un fleuve et celle d’un autre ? L’eau de pluie n’est-elle pas la même partout ?  On perçoit bien que la foi est une folie pour celui qui ne connait pas Dieu. Et le chef de guerre se sent particulièrement méprisé, et profondément déçu qu’Elisée ne fasse aucun geste spécial sur lui, et ne prononce aucune parole magique, ne fasse rien de spectaculaire, ni rien d’électrisant. Un grand homme s’attend souvent à de grandes choses, mais Dieu souvent nous teste sur les petites choses ordinaires de la vie. En tout cas, Elisée ne correspond pas du tout à l’image que Naaman se fait d’un prophète puissant. Que vaut un ordre dénué de mystère, accessible au premier enfant venu ? C’est juste ridicule !

Mais par-dessus tout, Naaman est déçu de n’avoir rien d’extraordinaire à accomplir, aucune épreuve à surmonter, épreuve digne de lui, et susceptible de démontrer sa valeur et son courage ! Le chef de l’armée syrienne a envie de mériter l’intervention divine, et voilà Elisée lui fait juste dire : « Lave-toi 7 fois dans le Jourdain » ! C’est risible ! Pour qui le prend-t-il ? Et Naaman se met très en colère ! Tous ces efforts, toutes ces démarches, qui d’ailleurs ont mobilisé deux rois … juste pour cela ! C’est pathétique !

3) Et la colère de Naaman produit alors une troisième complication ! (Diapo poing) A ce stade, il veut tout arrêter, et refuse d’obéir au prophète. Et en fait, Naaman est sur le point d’échouer complètement son test spirituel, qui est un test de foi et d’humilité, un test de soumission à Dieu, parce que la demande lui paraît beaucoup trop simple et trop ordinaire ! En fait, il doute même qu’Elisée soit un véritable prophète, juste parce qu’il ne correspond pas l’image qu’il se fait de lui ! Une image fausse bien sûr !

Heureusement, Naaman est entouré de serviteurs sages qui décèlent les fragilités psychologiques et spirituelles de leur maitre, et qui l’encouragent à aller jusqu’au bout du processus dans lequel il s‘est d’ores et déjà engagé : « Fais-le, disent-ils, même si cela te semble trop simple pour toi ! » Et Naaman va céder … sans doute en trainant des pieds, et là, au septième bain, sa lèpre va effectivement disparaître …  (Diapo bain) Et son humeur sombre, et son cœur chargé de colère vont soudainement basculer vers la joie ! Ce n’est pas la complexité de l’œuvre à accomplir qui compte, mais juste la foi en Dieu, la confiance du cœur. Dieu offre sa grâce à celui qui espère en lui !

A son retour, la joie et la reconnaissance de Naaman sont juste prodigieuses (Diapo noire). Et cette fois-ci, Elisée le reçoit en personne. Le chef de guerre veut lui offrir de somptueux cadeaux, mais le prophète décline en dépit de son insistance. La grâce de Dieu est gratuite, c’est une relation de cœur que Dieu recherche, une alliance fondée sur la confiance que Dieu désire, pas un contrat entre personnes qui s’imaginent pouvoir faire une transaction entre égaux ! Et en entendant cela, Naaman fait le vœu solennel de ne plus avoir jamais aucun autre dieu que l’Eternel le Dieu d’Israël : « Je reconnais qu’il n’y aucun dieu sur toute la terre, sauf en Israël » dit-il au v15. Il demande même un peu de terre du pays pour pouvoir mieux adorer l’Eternel dans son pays, ce qui montre qu’il n’a peut-être pas encore tout compris de la volonté de Dieu, mais ce n’est pas grave ! La foi et la confiance sont le début du chemin, pas la fin.  Quelle histoire !!! 

Sachez, pour les amoureux d’archéologie ancienne, que les noms de ces deux rois de cette époque : Joram et Ben-Hadah ainsi que le nom du dieu païen Rimmôn ont été retrouvés (Diapo stèles) sur des stèles, celle de Mesha et aussi celle Zakkur, qui toutes les deux sont aujourd’hui conservées au musée du Louvre. Ces hommes ont bel et bien existé. Ce n’est pas une parabole ! Dieu intervient bel et bien dans l’histoire des hommes !

B) Mais quelles leçons tirer pour nous de cette histoire ? (Diapo transposition) Comment la transposer cette histoire pour nous chrétien du 21ème siècle qui vivons dans la nouvelle alliance et non dans l’ancienne ? 

L’ancienne alliance était une alliance préparatoire destinée à préparer la venue du Messie qui deviendra lui-même le médiateur d’une alliance plus spirituelle et plus universelle. L’A.A. nous offre une image concrète, physique des grands principes spirituels qui vont venir plus tard dans la nouvelle alliance en Jésus-Christ. « L’ancienne alliance était l’ombre des biens à venir », nous dit la Bible ! Et du coup, il est intéressant de relire ce texte à la lumière du Nouveau Testament afin de voir ce qu’il prépare et annonce par avance.

(Diapo modèle) Naaman est le modèle d’un l’homme droit, honnête, un homme vrai qui a conscience de ses limites et de ses faiblesses. En cherchant une guérison pour son corps, Naaman est une image de tous ceux qui cherchent une guérison pour leur âme, de tous ceux qui sont en quête d’un sens à leur vie. Et Naaman est aussi le modèle de l’homme qui finit par trouver la paix en trouvant Dieu à force de persévérance dans sa quête de délivrance : « Je reconnais, dit-il au v15, qu’il n’y a aucun autre Dieu sur toute la terre ».

Elisée de son côté est une image imparfaite de Jésus-Christ (Un type de Christ comme disent les théologiens). Comme Lui, il sert de médiateur entre Dieu et les hommes. Comme Jésus, il a accompli de nombreux miracles. Les chapitres qui précèdent, racontent qu’il a multiplié la nourriture, guéri des malades, et accompli une résurrection. Comme Jésus, Elisée n’est pas vraiment honoré par son propre peuple, par ceux qui sont les mieux placés pour chercher Dieu et pour le connaitre. Les miracles accomplis par Elisée sont là pour qu’on sache qu’il y a effectivement un prophète en Israël. De même plus tard, les miracles accomplis par Jésus seront là pour que l’on sache que Dieu a visité son peuple. (Diapo noire)

Et du coup, le parcours de Naaman avec ses réussites et ses erreurs nous donnent des repères pour savoir comment un homme en recherche, peut et doit s’approcher de Dieu afin que Celui-ci se laisse trouver. 

(Diapo leçons) Voici quelques leçons que je tire de l’attitude de Naaman :  

  1.  (Clic) Tout d’abord, l’homme qui cherche Dieu, comme Naaman, ne croit pas tout savoir, en dépit de ses connaissances ou de ses hautes responsabilités, mais il demeure à l’écoute des autres, de leur témoignage, même si cela vient de gens simples !
  2. (Clic) Ensuite, je remarque que l’homme qui cherche Dieu, comme Naaman, se donne les moyens de sa quête. Il sait faire preuve d’audace quand il le faut, et aussi de résolution en acceptant de puiser dans sa fortune, de prendre de son temps et de son énergie pour aller voir un prophète habitant à 300km de chez lui, en terre étrangère.
  3.  (Clic) En observant les erreurs de Naaman, on comprend aussi qu’un homme en recherche spirituelle ne s’approche pas de Dieu en s’estimant digne de l’attention de Dieu à cause de ses qualités personnelles, mais il s’approche de Lui avec humilité, conscient qu’il ne mérite rien, et que Dieu est infiniment plus grand que lui. Même si Dieu est amour et cherche notre cœur, il demeure notre Créateur, nous ne devons jamais l’oublier.
  4. (Clic) L’homme en recherche ne s’approche pas non plus de Dieu comme un conquérant qui voudraient accomplir des exploits, ou faire des œuvres qui forcent l’admiration, mais il s’approche de Dieu avec une simple attitude de confiance, confiance en sa parole, même s’il ne la comprend pas bien, même si la demande divine semble trop facile. La confiance n’est pas si naturelle que cela, pas facile de croire en un Dieu invisible, pas facile de faire confiance aux paroles d’un vieux texte millénaire comme la bible, mais c’est pourtant ce que Dieu demande !
  5. (Clic) L’homme en recherche ne s’approche pas non plus de Dieu en espérant une transformation instantanée, comme par magie … mais il entre dans un processus où sa liberté est toujours respectée, et où il apprend à persévérer dans sa quête. Il a fallu que Naaman aille jusqu’au Jourdain, c’est loin, puis qu’il se plonge une fois dans l’eau, puis deux, puis trois… (et non ce n’est pas encore fini !) puis 4, puis 5, puis 6 cela jusqu’à septième !
  6. (Clic) L’homme en recherche spirituelle ne prétend pas non plus gagner la faveur de Dieu … Que pourrait-il lui offrir en retour ? Tout a été créé par Lui, et il n’a besoin de rien. L’Eternel ne recherche d’une seule et unique chose : notre cœur, la sincérité de notre amour et cela ne s’achète pas !  Un enfant n’achète pas l’amour de son père ou de sa mère… Il ne fait pas en général un contrat avec ses parents stipulant qu’il leur remboursera toutes les dépenses entrainées par sa naissance, sa subsistance et son éducation. La reconnaissance, notre amour confiant sont les seuls cadeaux que nos parents désirent, et c’est la même chose pour Dieu ! Dieu donne gratuitement, à ceux qui espèrent en lui ! L’histoire de Naaman annonce 850 ans à l’avance la grâce que Dieu va offrir à tous les hommes plus tard en Jésus ! Une délivrance offerte par la foi et non par les œuvres !

En la conclusion, l’histoire de Naaman nous dit beaucoup de choses sur la manière de nous approcher de Dieu, de le chercher ! Tous les obstacles spirituels qui nous empêchaient de nous approcher de Dieu ont été effacés par Jésus-Christ par son sacrifice sur la croix. Le seul « obstacle » que Dieu ne veut pas enlever, c’est celui de notre volonté, de notre liberté, notre décision de lui faire confiance … ou pas !

Ce n’est pas l’eau du Jourdain qui a purifié Naaman de sa lèpre, mais c’est sa foi, sa foi en l’Eternel … rendue visible par son obéissance à se plonger 7 fois dans l’eau du Jourdain.

Ce n’est pas l’eau du baptême qui sauve Jean K. de ses fautes, mais c’est sa foi en Dieu et en Christ, … rendue visible par l’acte d’obéissance de son baptême ! 

Je prie que chacun d’entre nous soit comme Naaman, et puisse poursuivre sa quête spirituelle, en gardant avec ténacité l’espérance qu’une guérison intérieure peut lui être accordée (non pas avec le concours du prophète Elisée, mais avec celle du fils de Dieu, Jésus-Christ, notre Seigneur … Amen !

Prière

Quelques questions pour les petits groupes de partage :
Reliser 2 Rois 5.1-19

  1. Etes-vous encore en quête spirituelle ou en recherche d’une guérison intérieure ? Qu’espérez-vous de Dieu aujourd’hui ? (Partagez ce qui vous semble possible de dire!)
  2. Parmi toutes les attitudes, bonnes ou mauvaises, adoptées par Naaman, quelle est celle que vous devriez davantage prendre en considération dans votre quête spirituelle personnelle ?
  3. Selon vous, pourquoi Elisée ne reçoit-il pas Naaman avec les honneurs dus à son rang ? Pourquoi le reçoit-il après ? Pourquoi refuse-t-il de recevoir tout présent de sa part ? Qu’est-ce que cela peut nous enseigner sur les silences de Christ, et sur ce qu’il attend de nous ?
  4. Prenez silencieusement quelques instants de réflexion pour passer en revue vos œuvres personnelles, votre mise en pratique des commandements divins. Vos actes sont-ils l’expression d’un amour, d’une reconnaissance envers Dieu, ou bien sont-ils parfois une tentative de gagner la faveur divine ? (Dans un cas, nous sommes centrés sur Dieu, dans l’autre, nous sommes plutôt centrés sur nous-mêmes ! :) )



lundi 30 décembre 2019

Prédication du dimanche 29 décembre 2019 - Psaume 34 – « Louer, c’est croire activement » (S. Guiton)

Ce matin, je vous propose de clore l’année 2019 et d’ouvrir 2020… en nous tournant vers Dieu, par la méditation du psaume 34, dans lequel David affirme avec ses propres mots, comme Siméon : « Mes yeux ont vu ton salut »…

Psaume 34

1De David. Quand il fit semblant d'être fou devant Abimélek, celui-ci le mit à la porte et il s'en alla.
2Je veux bénir le Seigneur en tout temps.
Que ma bouche ne cesse de le louer !
3Le Seigneur est ma fierté.
Vous, les malheureux, réjouissez-vous de m'entendre le louer.
4Proclamez avec moi la grandeur du Seigneur.
Ensemble, célébrons son nom !
5J'ai cherché le Seigneur et il m'a répondu,
il m'a délivré de toutes mes terreurs.
6Ceux qui regardent vers lui deviennent radieux,
leur visage n'a plus à rougir.
7Un malheureux a crié au secours ; le Seigneur l'a entendu,
il l'a sauvé de toutes ses détresses.
8 L'ange du Seigneur monte la garde autour de ceux qui le craignent,
il les met hors de danger.
9Goûtez et voyez combien le Seigneur est bon.
Heureux celui qui trouve refuge en lui !
10Vous qui appartenez au Seigneur, reconnaissez son autorité ;
rien ne manque à ceux qui reconnaissent son autorité.
11Les riches peuvent éprouver la misère et la faim,
mais ceux qui recherchent le Seigneur ne manquent d'aucun bien.

12Venez, mes enfants, écoutez-moi ;
je vous apprendrai à reconnaître l'autorité du Seigneur :
13Si quelqu'un aime la vie et désire vivre heureux,
14il se garde de médire, il se garde de mentir,
15il s'écarte du mal, il pratique le bien,
il recherche la paix avec persévérance.
16Le Seigneur garde les yeux sur les personnes qui sont justes,
il est prêt à entendre leur appel.
17Le Seigneur s'oppose à ceux qui font le mal,
afin d'éliminer leur nom de la terre.
18Dès que les justes appellent au secours, le Seigneur entend,
il les délivre de toutes leurs détresses.
19Le Seigneur est proche de ceux qui ont le cœur brisé,
il sauve ceux qui ont l'esprit abattu.
20Le juste endure de nombreux malheurs,
mais le Seigneur le délivre de tous,
21il veille sur tous les membres de son corps,
pour qu'on ne lui brise aucun os.
22Le méchant mourra de sa méchanceté,
et ceux qui haïssent le juste seront punis.
23Le Seigneur sauve la vie de ceux qui le servent ;
il n'y a pas de condamnation pour ceux qui trouvent refuge en lui.


« Je veux bénir le Seigneur en tout temps. Que ma bouche ne cesse de le louer ! ».
Voilà un beau programme pour l’année qui s’ouvre, qui relève le défi ? 

David le fait ici. En tout cas c’est le cri de son cœur : « je veuxbénir le Seigneur en tout temps ». 

Son chant comporte deux temps : jusqu’au verset 11, David exprime sa joie d’avoir été délivré par Dieu, d’avoir vu son salut. Il dit la fidélité du Seigneur pour ceux qui lui font confiance. Son message ici est : « vous aussi, vous pouvez être délivrés ! ». 
Puis à partir du verset 12, sa louange l’amène à tirer des leçons de son expérience, des enseignements de sagesse qu’il partage
Mais c’est un seul mouvement, comme le montre la forme acrostiche : chaque verset (sauf le dernier) commence par une lettre de l’alphabet hébreu, dans l’ordre. 

Comme souvent dans les psaumes, David exprime ici un cheminement intérieur ; d’abord les sentiments qui naissent d’une circonstance de vie (ici, la joie d’avoir été délivré de la mort) puis une prise de recul progressive. 

Tout cela dans un seul chant de louange. 

Quelqu’un a dit : « louer, c’est croire activement ».

Ce psaume le montre. La louange de David est bien un acte de foi, et une attitude qui nourrit la foi en retour, et ouvre le cœur à la sagesse.

A.  La louange est un acte de foi

C’est bien par la foi que Siméon a pu dire : « mes yeux ont vu ta salut ». De la même façon, louer Dieu ici est un acte de foi pour David. 
Que lui est-il arrivé ? Les circonstances évoquées en sous-titre renvoie à un épisode raconté en 1 Samuel 21. Fuyant le roi Saül qui en voulait à sa vie, David se réfugie… près du roi Akich, chez les Philistins, ses vieux ennemis,– Cf le fameux Goliath. Alors qu’il va être reconnu et sans doute mis à mort, David fait semblant d’être fou pour s’échapper. « David (…) eut très peur du roi Akich. Il fit semblant de perdre la raison devant les Philistins : il se mit à divaguer parmi eux, à tracer des signes sur les battants des portes et à baver dans sa barbe » (1 Sm 21.13-14). Alors tout le monde le laisse tranquille. 

David a failli laisser sa vie cette fois-là. Dieu l’a délivré d’une vraie « terreur », dit l’hébreu (v.5). 
Il aurait pu attribuer sa survie à la chance, à sa propre ingéniosité… pas du tout : son cœur se tourne alors vers Dieu et il compose ce psaume, avec l’aide du Saint-Esprit. Son regard de foi lui permet de deviner, dans ce qu’il vient de vivre, l’action du Seigneur. L’œuvre de « l’ange du Seigneur » qui « campe », qui « monte la garde autour de ceux qui le craignent » (v.8). David lui, ne se voit pas comme le héros de l’histoire mais comme le « malheureux » qui « a crié au secours », que le Seigneur « a entendu » et qu’il « a sauvé de toutes ses détresses ».

Ainsi, dans sa joie, David proclame la bonté de Dieu et sa protection sur « ceux qui le craignent », c’est-à-dire ceux qui lui sont fidèles, qui obéissent à sa Parole. 

Sa louange personnelle se change alors en invitation : « Goûtez et voyez combien le Seigneur est bon.Heureux celui qui trouve refuge en lui ! ». Vous aussi, vous pouvez vivre cela, affirme David. 

On trouve un écho à cela dans le NT : « Rendez grâce en toutes circonstances », écrit Paul aux Thessaloniciens (1 Th 5.18). 

Pour David, son expérience est une preuve que « ses temps », aussi désespérés soient-ils, sont dans la main de Dieu (31.16). Seule la foi lui permet d’affirmer cela, et d’en remercier le Seigneur. 

Dans cette année écoulée, avons-nous su voir, comme David, l’action de Dieu derrière nos circonstances, derrière les dangers évités, les « coups de chance » et même – mystérieusement – Dieu nous soufflant nos meilleurs idées ? 
Et avons-nous pris le temps de nous arrêter, comme David, pour le remercier, lui dire notre reconnaissance ? 


B.  La louange nourrit la foi, car elle nous centre sur Dieu.

Devant le roi philistin, David a bien mesuré combien il était fragile, et combien il avait besoin de Dieu et de son secours. Cela le pousse à l’humilité : v.3 « Le Seigneur est ma fierté.
Vous, les malheureux, réjouissez-vous de m'entendre le louer ».
Les malheureux » : d’autres traductions disent : « les pauvres », les « humbles ». 

C’est bien cette humilité devant Dieuqui fait la grande différence entre le « juste » et le « méchant », ces deux figures évoquées dans le psaume. Le méchant est l’orgueilleux, celui qui croit pouvoir se passer de Dieu et méprise sa loi. 
Le juste, lui, est celui qui reconnaît l’autorité du Seigneur, qui met sa confiance en lui et l’écoute pour faire sa volonté. Celui qui « tourne ses regards vers Dieu » car il se sait en position de demande, de dépendance envers lui. Alors il lui dit sa reconnaissance, il le loue, et cela le fait « rayonner de joie ». 

Ainsi, la louange de David nait de sa foi et la nourrit en retour, en le remettant dans l’humilité d’une position de dépendance envers Dieu, plutôt qu’envers ce qui lui arrive. 
Le plus souvent nous subissons ce qui nous arrive. 

La louange nous permet de mettre notre centre de gravité sur Dieu et non sur nous-mêmes, comme le fait David ici. Ainsi, elle nous aide à accueillir notre aujourd’hui tel qu’il est comme venant du Seigneur dans les petites et les grandes choses, de voir notre aujourd’hui comme un lieu où Dieu agit, veille, avec amour. « 16Le Seigneur garde les yeux sur les personnes qui sont justes ».
Attention donc à certains cantiques sentimentaux centrés sur notre personne qui peuvent faire obstacle à l’adoration parce qu’ils détournent l’attention de Dieu pour la fixer sur nos sentiments. Soyons vigilants à cela. Rick Warren affirme que « ce qui nous éloigne le plus de la louange, c’est nous-mêmes, nos intérêts, nos préoccupations par rapport à ce que les autres pensent de nous »[1].

« Grandir en humilité »… quelle étrange formule ! Pourtant, c’est ce que nous avons toujours besoin de faire. Dans quel domaine ai-je besoin d’apprendre l’humilité – une humilité joyeuse, car centrée sur le Dieu qui me donne toute ma valeur ? 

En disant notre confiance au Dieu souverain alors qu’on ne comprend pas forcément ce qui nous arrive, nous nous centrons sur lui, nous faisons un pas de foi qui nous rend plus humbles, et en retour nourrit notre confiance dans l’amour fidèle du Dieu proche :
18Dès que les justes appellent au secours, le Seigneur entend,il les délivre de toutes leurs détresses.
19Le Seigneur est proche de ceux qui ont le cœur brisé,il sauve ceux qui ont l'esprit abattu.


C.   La louange nous ouvre à la sagesse de Dieu et à son Esprit. 

Il y a là un cercle vertueuxqui nous ouvre à la sagesse divine. Parce que celle -ci commence par l’humilité : 

« Reconnaître l’autorité du Seigneur est le commencement de la sagesse », dit le livre des Proverbes (1.7).

Reconnaître l’autorité de Dieu, comme le dit le v.12, pour entrer dans la « reconnaissance » : je reconnais, j’admets que les bonnes choses qui m’arrivent viennent de Dieu, que «tout don excellent et tout cadeau parfait descendent des cieux ; ils viennent de Dieu »(Jc 1.17)

Les livres de développement personnel parlent beaucoup des bienfaits de la reconnaissance, de la « gratitude », version laïque de la louange. La gratitude, le fait d’apprécier ce qu’on a, de regarder le positif, à dire « merci à la vie » pour tous les « petits cadeaux » qu’elle nous offre.

Il semble que pratiquer la gratitude, même sans Dieu, allonge l’espérance de vie ! (Nous produisons des endorphines). 
Alors que devrait-être une reconnaissance portée par l’Esprit même du Dieu créateur de la vie ! 

Cf encore une fois le beau travail d’Ann Woskamp (1000 cadeaux) > redécouverte de Dieu à travers l’éducation d’un regard de reconnaissance. 

Une telle disposition de cœur et d’esprit ouvre à la sagesse inspirée par Dieu: c’est ainsi que David, après avoir loué le Seigneur, change de ton et se met à donner des conseils, à partir du verset 12. 
Parce qu’il s’est placé dans une attitude de dépendance et d’humilité, David a pris du recul sur les choses et formule ce constat qu’on retrouve dans toute la Bible : rien n’est meilleur qu’une vie en harmonie avec Dieu. 

C’est ce qu’il affirme dans les versets 12 et suivants. 

La louange humble nous rend aussi plus disponibles au Saint Esprit. Celui-ci inspire David et lui donne aussi une inspiration prophétique, qui ouvre au mystère du Christ. 

Ainsi le verset 21 sera cité par l’Evangile de Jean comme une annonce de la crucifixion : « Car tout cela est arrivé pour que s'accomplisse l'Écriture : « On ne lui brisera aucun os. » (Jean 19.36) 

Quant au verset 23, on y entend déjà les paroles de l’apôtre Paul en Romains 8.1: « 1il n'y a maintenant plus aucune condamnation pour ceux qui sont unis à Jésus Christ ». 


Conclusion : louer Dieu en tout temps cette année ? 

Pour nous à qui Jésus-Christ a été pleinement révélé, par sa vie, sa mort et sa résurrection, c’est un appel, encore une fois, à le placer au centre de notre vie. 
Développer une attitude profonde de louange nous aidera à garder les yeux fixés sur Jésus, « en tout temps ». 

Pour cela, nous pouvons prendre deux engagements (vs résolutions) devant le Seigneur, en lui demandant son aide : 

1.     Parce que louer, c’est croire activement… cette année, je veux le louer, être reconnaissant chaque jour et en tout temps.

Ne pas laisser passer une journée sans prendre le temps avec lui, dans la prière, de relire ce que j’ai vécu, pour apprendre à y voir son action, ses cadeaux, ses réponses. 

Me rappeler chaque matin avant de me lancer dans l’activité que Christ a autorité sur toutes choses, et que sa grâce va agir dans ma journée.Il est proche, il va prendre soin de moi d’une manière ou l’autre. 
Alors chaque jour se demander : où était le Seigneur, dans ce que j’ai vécu ces dernières heures ? Quelles délivrances, quels encouragements, quelles promesses ? Quels avertissements ? 
Dire merci, merci, merci… 

Conseil : Tenir un journal, y noter les versets qui nous touchent, les réponses aux prières, les pensées glanées au fil de nos lectures, les événements importants de notre vie...
Et relire cela régulièrement, pour y voir comment Dieu a été présent et nous a conduits. 

2.     Parce que louer, c’est croire activement… cette année, je veux louer Jésus avec une foi active

C’est-à-dire que je veux tout faire pour vivre en harmonie avec Dieu, mettre en pratique ce que je crois, dans tous les domaines de ma vie. Non pour mériter quoi que ce soit (sans lui nous ne pouvons rien faire) mais pour que mes paroles, mes pensées, mes actes lui plaisent et l’honorentqu’ils soient une louange en actes. Je sais que ce ne sera jamais parfait, mais je crois que c’est d’abord l’intention du cœur et les efforts sincères qui font le « juste ». C’est la foi, car « le juste vivra par la foi », dit Paul. 

Louer Dieu avec une foi active… qu’est-ce que ça signifie pour moi ? Quels engagements vais-je prendre devant Dieu ? 

Sylvain Guiton



[1]Une vie centrée sur l’Evangile, p. 118