Week-end d'Eglise - mai 2019 - "tous appelés ?" - premier exposé (S. Guiton)

Week-end d‘Église – la Costette. Mai 2019
« Tous appelés ? Comment vivre les appels de Dieu au quotidien ».
Enseignement 1 : Tous appelés ?


Régulièrement, on me demande comment je suis devenu pasteur, surtout les personnes non croyantes que ce « métier » intrigue. J’aime toujours bien l’air que les gens prennent quand je leur réponds : « c’est un appel de Dieu »… ce qu’on peut lire dans leurs yeux à ce moment vaut le déplacement. 
Et j’avoue, je m’en amuse… 
Avouons-le, il faut être un peu particulier pour affirmer que Dieu vous a appelé ! 
Étonnante pathologie mentale… ou réalité ? 

Nous, les chrétiens, croyons en un Dieu qui appelle les personnes.Depuis les origines du monde, il appelle. Ca signifie déjà qu’il parle : il est précisément un Dieu qui crée en parlant. « Dieu dit… et cela fut ». En parlant, Dieu donne la vie. Il appelle à la vie. 
Puis il appelle ses créatures à le chercher, à venir vers lui – en somme, il invite aussi. Ainsi les appels de Dieu sont généralement doux, discrets – sauf dans les cas comme celui de l’apôtre Paul, qui ne sont pas la norme, j’y reviendrai !

Quand je me suis posé une première fois la question de l’appel à servir Dieu – j’avais 25 ans - mon grand-père pasteur m’a répondu : « quand Dieu appelle, on le sait ». Et des années plus tard, quand l’appel à servir comme pasteur est revenu, j’ai pu constater qu’il avait raison. 

Dieu appelle. Mais sommes-nous tousappelés ? 
Après tout, être appelé, en français, c’est avoir une vocation– du latin vocare, appeler. En général le terme a un sens restreint : on parle de vocationpour les infirmières, les médecins, les pompiers, les enseignants, les missionnaires, les prêtres et les pasteurs…
Cet AM, vous aurez l’occasion de rencontrer plusieurs de ces personnes qui vous raconteront leur histoire d’appel. 

Mais est-ce qu’en réalité, on a tous une vocation venant de Dieu ? 

Le texte biblique nous permet d’affirmer : oui. Tous les humains sont appelés par Dieu. Cependant, il y a différentes formes d’appels.
J’en distinguerai trois, du plus général au plus particulier. 

1.     L’appel commun à tous les humains

D’abord, tous les humains sont créés pour aimer, louer et servir. 
Appelés à l’amour et au respect, à la louange et à la joie, au service et au don de soi à Dieu et aux autres.

Cet appel originel est adressé à l’homme dès sa création. Avec un énoncé de mission plus précis encore, formulé dès les premières lignes de la Bible, dans le livre de la Genèse : « 27 Dieu créa les humains à son image : il les créa à l'image de Dieu ; homme et femme il les créa. 28 Dieu les bénit ; Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la» (Gn 1.27-28) ; « 15 Le SEIGNEUR Dieu prit l'homme et le plaça dans le jardin d'Eden pour le cultiver et pour le garder » (Gn 2.15). 

Sitôt appelé à la vie, l’être humain reçoit aussi une mission, un service, un appel donc, dans le sens spirituel du mot – comme un missionnaire ou un pasteur reçoit un « appel » : cultiver et garder le jardin. 

En langage théologique, on l’appelle le « mandat créationnel » ou « culturel » : c'est le rôle, la responsabilité que Dieu a confié à l'être humain lorsqu'il l'a créé. 
Dieu fait comprendre à Adam qu’il est responsable de la bonne tenue du « jardin », c'est à dire du monde, et que son travail a une valeur positive- ce qui n'était déjà pas le cas, notons-le, dans la mentalité proche-orientale des pays avoisinant. 
Adam doit travailler, « cultiver » le monde (c'est la racine du mot « culture » - ce qui englobe aussi l'art, la politique, la langue...) et travailler avec sagesse comme un service pour Dieu. Plutôt que d’imposer une tyrannie à la création, l'homme est invité « à exercer un service par son activité, quelle qu’elle soit

C’est sur la base de ces textes notamment que la réforme protestante a pu laïciser et démocratiser la notion de vocation réservée au moyen âge à l’entrée dans les ordres religieux. 
La Réforme protestante nous a rappelé́ que tout travail, pour le croyant, peut être une vocation, que l’on soit boulanger ou pasteur, déjà car elle s’inscrit dans cette vocation générale de l’humanité. S’investir avec sérieux et dynamisme dans l’action, pour le bien commun, est une façon de répondre à l’appel que Dieu lance aux êtres humains. « Quel que soit votre travail, écrit l’apôtre Paul à des chrétiens dont certains sont esclaves, faites-le de tout votre cœur, et cela par égard pour le Seigneur et non par égard pour des hommes. » (Col 3.23) 

Cela donne une autre valeur à nos activités de tous les jours. Fréderic reviendra spécifiquement sur ce sujet demain après midi, je n’irai pas plus loin. 


2.     L’appel au salut 

Rapidement, dans la Bible, on voit aussi que Dieu appelle des personnes précises, pour les inviter à une relation particulière, les ramener vers lui, sur le chemin de la vie dont l’humanité s’est détourné après Adam et Eve. C’est l’appel spécifique au salut. 
Le péché a coupé l’humanité de Dieu. Mais celui-ci veut renouer la relation et sauver ses créatures. 
Il adresse alors un appel au salut, au peuple d’Israël d’abord, par l’intermédiaire d’Abraham : « 1Le SEIGNEUR dit à Abram : Va-t'en de ton pays, du lieu de tes origines et de la maison de ton père, vers le pays que je te montrerai. 
2Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai ; je rendrai ton nom grand, et tu seras une bénédiction » (Genèse 12.1-2). 

Appel à partir vers l’inconnu, par la foi. Composante essentielle de l’appel. 

Ensuite cet appel été renouvelé via Moïse. La libération d’Egypte est une figure du salut en JC. 
En cela, Israël est bien un peuple « élu ». Non qu’il soit l’objet d’un favoritisme un peu injuste. 
Il vaudrait mieux dire qu’Israël est un peuple appeléInvité à s’approcher de Dieu et à recevoir une révélation de sa part – la Loi, les Écritures Saintes, pour ensuite la faire connaître aux autres peuples, être une lumière pour les autres nations, une source de bénédiction pour eux. 

Malheureusement, une fois installé en Israël, le peuple hébreu a trahi sa vocation. Il a cru que les dons de Dieu étaient pour lui seul, il en est fait une source d’orgueil et il s’est même détourné de Dieu pour adorer des idoles, ce qui a conduit à la destruction de Jérusalem, du temple de l’Eternel, et à l’exil. Appelé à la liberté sur une terre bénie par Dieu, Israël a fini par ne plus écouter l’appel, et il a tout perdu – ou presque.

Cet appel a été renouvelé par Jésus, mais cette fois, il s’adresse à tous les hommes, tous les peuples. L’Église est maintenant le peuple constitué par l’appel de Dieu. 
C’est ainsi que Paul écrit aux Corinthiens : « 1Paul, appeléà être apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu, et Sosthène le frère, 2à l’Eglise de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus, appelésà être saints avec tous ceux qui invoquent en tout lieu le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre »

Les Galates sont appelés à rester centrés sur Dieu, « celui qui vous a appelés par la grâce du Christ » (Ga 1.6)

Paul écrit à Timothée (1 Tim 6.12) : «  souffre avec moi pour l’Evangile, comptant sur la puissance de Dieu, 9qui nous a sauvés et appelés par un saint appel,non en vertu de nos œuvres, mais en vertu de son propre dessein et de sa grâce ».

Romains 8. 28 : « Nous savons d’autre part que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu, qui sont appelés selon son dessein ».

Notre foi est donc une réponse à un appel que Dieu nous adresse en premier, par Jésus. Ceux qui répondent : « oui », qui croient en lui et acceptent de l’écouter et de lui faire confiance entrent dans le peuple, la famille de Dieu et reçoivent un nouvel appel, plus spécifique : l’appel au Royaume de Dieu. 

D’abord dans ce monde : 1 Thess 2.12 : « nous vous avons exhortés, encouragés et adjurés de vous conduire d’une manière digne de Dieu qui vous appelle à son Royaume et à sa gloire ».

Et puis plus tard, lorsque Jésus reviendra. 
1 Pi 5.10 « Le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés à sa gloire éternelle en Christ, vous rétablira lui-même après que vous aurez souffert un peu de temps ; il vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables ». 

L’Église est aussi appelée à la véritable liberté, qui ne se trouve que dans la relation d’amour avec le Père. 
Gal 5.13 « Vous, frères, c’est à la liberté que vous avez été appelés ».

Chaque chrétien est aussi appelé à être témoin de l’Évangile là où il est.
« Allez…. ». 

Conclusion : globalement, notre appel de chrétiens peut se résumer ainsi : nous sommes appelés à aimer. Aimer Dieu et aimer notre prochain. > thème du culte de demain. 





3.     Appels spécifiques

Enfin il y a une 3forme d’appel, encore plus personnelle, la vocation personnelle. 
La Bible révèle qu’il y a un appel de la part de Dieu pour tous les chrétiens – donc pour chacun d’entre nous. C’est un appel au service, lié aux dons que nous avons reçus de Dieu. 
(sujet déjà traité). 

1 Pi 4.10
10Mettez-vous, chacun selon le don qu’il a reçu, au service les uns des autres, comme de bons administrateurs de la grâce de Dieu, variée en ses effets. 

1 Co 12.7A chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien de tous.

C’est dans ce cadre-là qu’il faut comprendre la question de l’appel au service. On dit appel au ministère – c’est pareil (ministerium = « service »). 

Personnel : l’appel de Dieu y est personnel et s’adresse tant à des jeunes (Samuel, Jérémie) qu’à des adultes quelle que soit leur condition (homme, femme, pauvre, riche, prêtre, laïc, etc.). 

Rupture : On l’a dit, cet appel implique le plus souvent un départ, une rupture avec la situation présente, en vue de remplir la mission que Dieu confie. Abraham quitte tout, les disciples aussi. 

Crise : Certains personnages bibliques se débattent avec cet appel, voire même y résistent : Moïse n’avait pas du tout envie de retourner en Egypte (Ex 4.10-13), Jérémie se trouve bien trop jeune (Jr 1.6), quant à Jonas il s’en va, certes, mais pour fuir dans la direction opposée ! 

Transformation : Dans tous les cas, cet appel transforme non seulement la personne qui accepte d’y répondre mais aussi son entourage. 

Donc répondre à son appel avec bonne volonté, et tout faire pour y répondre le mieux possible 

 2 Pierre 1. 
10Aussi, mes frères, efforcez-vous d'autant plus de confirmer l'appel qui vous a été adressé et le choix dont vous avez été l'objet. Si vous faites cela, vous ne trébucherez jamais. 
11C'est ainsi que vous sera largement accordée l'entrée dans le royaume éternel de Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur.

4. Comment discerner un appel ? 

Alors, à quoi êtes-vous appelé ? Et comment le savoir ? Comment entendre cet appel au milieu de nos préoccupations quotidiennes ? Comment sait-on que Dieu nous appelle ? Quelle forme cet appel peut-il prendre ? 

Avant de conclure, quelques éléments de réponse à ces questions qui certainement vous brûlent les lèvres. Retenons qu’il y a surtout une grande diversité de formes et de chemins. 

Quelques conseils donnés par C. Paya, professeur de théologie pratique à la FLTE, dans un article sur le sujet :
Pour nous accompagner dans cette réflexion, qui peut parfois être longue, le Nouveau Testament donne quelques conseils : 

a.     Ecouter
Être à l’écoute de ses aspirations intérieures (1 Tm 3.1), sans les confondre avec la volonté́ de Dieu. 
Dans un appel, on trouve souvent une conviction intérieurequi grandit, et qui va être confirmée par l’avis de frères et sœurs (c’est fondamental). 

« Le désir de Dieu rencontre le désir de l’homme »…

Type de question :  « L’aspiration que je ressens en moi, par exemple ce désir d’annoncer l’évangile, de consacrer mon énergie à servir l’Église ou la mission, ne serait-ce pas le signe d’un appel ?» . 

Calvin parle de vocation intérieure et vocation extérieure. Un appel doit mûrir, être discuté, réfléchi, et surtout confirmé par les chrétiens plus mûrs. Si on est le seul à penser que Dieu nous appelle et qu’on refuse d’en démordre malgré les mises en garde, il y a un sérieux problème.. de maturité ou d’orgueil, au moins. 
Dieu ne se lasse pas de répéter, on est en droit de lui demander des confirmations. 
(ex de 3 types de confirmations). 


b. Saisir les occasions d’engagements qui se présentent, pour mettre à l’épreuve ses convictions). 

c. Rencontrer des personnes qui ont été appelées. (Paul donne régulièrement son exemple dans le N.T.).  

d. Calculer le coût, car l’engagement chrétien peut avoir des implications importantes (voir la sagesse à laquelle Lc 14.28-30 appelle ceux qui veulent concrétiser leur engagement de foi). 
Prendre en compte la situation dans laquelle on se trouve : conjoint, enfants, parents, d’autres que nous sont concernés par nos décisions. 

e. Enfin, il est bon d’envisager toutes les possibilités, avec un esprit ouvert, car avoir la conviction de l’appel de Dieu, ce n’est pas recevoir la carte détaillée d’un parcours, mais c’est partir à l’aventure ! 
Il y a autant de formes que de personnes, selon notre personnalité, notre sensibilité, notre histoire… 
Dieu nous appelle aussi à travers les accidents de notre vie : derrière une vocation médicale, une vocation de pasteur… il y a fréquemment une histoire personnelle, une blessure, 
On constate par exemple qu’il y a beaucoup d’enfants « ainés » parmi les pasteurs – habitués dès leur plus jeune âge à être sérieux, donner l’exemple, s’occuper des autres… 
Dieu utilise ce type de fonctionnement psychologique pour appeler à son service. Après tout, c’est lui qui nous a fabriqués comme ça ! 

Sur la forme, la Bible donne des exemples très divers d’appels :  reçus par une voix, par un ange ou un être humain…l’offrande de Gédéon est brûlée par le feu du ciel (cf. Jg 6, 21) ; Isaïe est touché à la bouche (cf. Is 6,7) ; Ézéchiel reçoit un rouleau qu’il doit manger (cf. Ez 3, 1-3)

Un des points communs à la plupart des appels dans la Bible, c’est que celui qui est appelé est le premier surpris et ne s’en sent pas digne !Personne qui ne dise à Dieu : « ah ben voilà, enfin, tu as compris qui il fallait appeler. Tu as fait le bon choix, tu ne vas pas être déçu ! ».
ll arrive que l’appelé refuse. Dans l’Écriture, ces passages ne sont ni supprimés ni édulcorés. Le jeune homme riche quitte Jésus avec tristesse (cf. Mc 10, 22). Jonas fuit au plus loin pour ne pas aller prêcher aux Ninivites (cf. Jon 1, 3). Le roi Achaz ne veut pas demander un signe au Seigneur, de peur de se sentir engagé (cf. Is 7, 12)

Ainsi, quelque chose d’important émerge de tout cela : c’est toujours Dieu qui prend l’initiative de la parole et de l’action : il n’attend pas que l’un ou l’autre se décide, mais il appelle des individus ou des groupes à parler ou agir. 
Et il  appelle qui il veut : Mc 3.13. Et souvent, ses choix sont surprenants ! Mais soyons rassurés, car comme le dit St Augustin, « Dieu donne ce qu’il ordonne ». 
Mais c’est à nous d’écouter, et de répondre ! 


Conclusion :
La question de notre appel, de nosappels même, est une question centrale, existentielle. Car être appelé, c’est savoir que l’on compte pour quelqu’un. Qu’on est aimé. Qu’on a une place dans ce monde. 
Il y a tellement de gens qui souffrent de ne pas être appelés. De gens dont le téléphone ne sonne pas. 
Dieu nous appelle, tous, parce qu’il nous aime, chacun. 
« Quelqu’un m’appelle, donc je suis ».
Avec Dieu, je suis attendu, désiré. Quelqu’un m’invite. Et j’ai une mission. 




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