Prédication du 6 décembre 2020 - L’Ecclésiaste : le bonheur avec Dieu malgré tout

 

 « Vanité des vanités, tout est vanité ». Peut-être connaissez-vous cette formule de la Bible, dans le livre de l’Ecclesiaste ? C’est ce livre étonnant qui commence par cette déclaration désabusée : « De la fumée, dit le Sage, tout n'est que fumée, tout part en fumée ».

« Tout est vanité et poursuite du vent ». 

 

En cette période où tant de choses sont secouées dans notre monde – perte de confiance dans la médecine, la police, les médias… constat de l’augmentation des inégalités, de la pollution… rapports entre sexes salis par tant d’abus, de violences…

Soupirer avec l’auteur de l’Ecclesiaste que tout n’est que vent, illusion, et qu’il n’y a rien qui vaille dans ce monde… ça peut faire envie. 

Se laisser glisser dans le bain tiède de la mélancolie, voire du désespoir… 

 

Mais on peut être surpris : un texte désespéré dans la Bible, vraiment ? 

 

Quand on y regarde de plus près, ce livre présente en réalité un profond message de de foi et d’espérance. Dans le judaïsme traditionnel, on le lisait chaque année pour se rappeler que même si ce monde déçoit, l’essentiel n’est pas dans cette vie où nous ne sommes que de passage : il nous faut alors regarder plus loin, vers Dieu.

 

Car si tout est fumée, tout aussi est don de Dieu, qui seul donne sens au chaos et saura nous conduire vers le bonheur. 

 

Ce matin, je vous propose de nous lancer dans un modeste survol de ce livre, à la découverte de ce message. 

 

Ecoutons ces paroles inspirées, et que par elles le Seigneur ouvre nos intelligences et nos cœurs à qui il est et à sa volonté. 

            

La lecture sera plus longue que d’habitude, pour essayer d’entrer dans ce texte complexe. 

 (traduction : Nouvelle Bible en français courant) 


Chapitres 1 et 2 : premier constat : « tout est vanité, futilité, fumée » !

 

1Paroles de Qohéleth, fils de David, roi à Jérusalem.

 

2De la fumée, dit le Sage,

tout n'est que fumée,

tout part en fumée.

 

3Quel avantage l'être humain retire-t-il de tout le travail qu'il fait sous le soleil ?

 

4Une génération s'en va, une génération vient,

et la terre subsiste toujours.

 

5Le soleil se lève, le soleil se couche ;

il aspire au lieu d'où il se lève.

 

6Allant vers le sud, tournant vers le nord,

tournant, tournant, va le vent,

et le vent reprend ses tours. /

 

7Tous les torrents vont à la mer, et la mer n'est pas remplie ;

vers le lieu où ils coulent, les torrents continuent à couler.

 

8Tout est fatiguant, plus qu'on ne peut dire ;

l'œil n'est pas rassasié de voir,

l'oreille ne se lasse pas d'entendre.

 

9Ce qui a été, c'est ce qui sera ;

ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera :

il n'y a rien de nouveau sous le soleil.

 

10Y a-t-il une chose dont on dise : Regarde, c'est nouveau !

— elle était déjà là bien avant nous.

 

11Il n'y a pas de souvenir du passé,

et ce qui sera dans l'avenir ne laissera pas non plus de souvenir

chez ceux qui viendront par la suite. /

 

12Moi, Qohéleth, j'ai été roi sur Israël à Jérusalem. 13J'ai décidé de rechercher et d'explorer par la sagesse tout ce qui se fait sous le ciel ; c'est une occupation pénible que Dieu impose aux humains.

 

14J'ai vu toutes les œuvres qui se font sous le soleil : eh bien ce n’est que fumée, autant courir après le vent ! 

 

15Ce qui est courbé ne peut être redressé, ce qui manque ne peut être compté./

 

16Je me suis dit : Moi, j'ai développé et amassé plus de sagesse que tous ceux qui m'ont précédé à Jérusalem, et mon cœur a vu beaucoup de sagesse et de connaissance.

 

17J'ai décidé de connaître la sagesse et de connaître la démence et la folie ; je sais que cela aussi n'est que poursuite du vent.

 

18Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de contrariété ;

plus on a de connaissance, plus on a de tourment/.

 

Chapitre 2

3J'ai résolu de me faire plaisir avec le vin, tout en me conduisant avec sagesse, et de m'attacher à la folie jusqu'à ce que je voie s'il est bon pour les humains d'agir ainsi sous le soleil pendant le nombre des jours de leur vie. 4J'ai fait de grandes choses :

je me suis bâti des maisons ;

je me suis planté des vignes ;/

 

(…)

 

7J'ai acheté des esclaves et des servantes,

et leurs fils nés dans la maison ;

j'ai possédé du gros bétail et du petit bétail en abondance,

plus que tous ceux qui étaient avant moi à Jérusalem.

 

8J'ai aussi amassé de l'argent et de l'or,

de précieux trésors des rois et des provinces.

J'ai acquis des chanteurs et des chanteuses,

et, délices des hommes, beaucoup de femmes./

 

9Je suis devenu grand, j'ai surpassé tous ceux qui étaient avant moi à Jérusalem,

et ma sagesse demeurait avec moi.

 

10Tout ce que mes yeux ont réclamé, je ne les en ai pas privés ;

je n'ai refusé aucune joie à mon cœur ; /

(…)

 

11 Alors j'ai considéré toutes mes entreprises et la peine que j'avais eue à les réaliser. Eh bien ! tout cela n'est que fumée, autant courir après le vent ! Les humains ne tirent aucun profit véritable de leur vie sous le soleil.

 

 

 

 

Le bonheur malgré tout

 

Je trouve ce texte qui a plusieurs milliers d’années encore bien actuel ! 

Il commence par l’évocation du parcours personnel de Qohéleth, le « sage » - sans doute Salomon lui-même, connu pour sa sagesse, roi ayant effectivement connu la plus grande richesse, les femmes et aussi le doute de l’idolâtrie. 

 

Qohéleth a expérimenté toutes choses et voilà donc la fameuse conclusion, sans appel : « tout est vanité, tout est fumée, vapeur, fumée ». Au final, la mort attend tout le monde. 

 

Pessimisme désespéré ? En fait, non. Car Qohéleth n’en reste pas là.

 

On rencontre ici un homme en éveil, qui cherche la vérité et le bonheur malgré toutun croyant qui cherche Dieu profondément et ne veut pas se laisser détourner par de fausses croyances, des illusions.  

 

Il veut du solide. Alors, dans sa recherche de vérité, il regarde la vie comme elle apparaît à chacun, « sous le soleil ». Voilà ce qui se passe, il faut regarder les choses en face honnêtement : « le sage meurt comme le fou » ; etc. 

 

Et ça secoue ! Rien n’échappe à la remise en question : ni la sagesse, ni l’argent, ni le travail, ni les plaisirs, ni même la religion ! … Il a tout connu  – les femmes, l’alcool, la musique, la consommation éffrénée…

 

Et il reconnait qu’il a été secoué, poussé au désespoir - mais son but n’est pas de nous y entraîner : son but est de remettre sur la table toutes les fausses sécurités, toutes les fausses croyances qui nous détournent de la vie telle que Dieu l’a voulue - tout ce qui nous détourne de Dieu. 

 

C’est vrai qu’il n’est pas facile de croire en Dieu dans ce monde, sans se laisser endormir ou détourner par la seule recherche du bonheur matériel, et sans non plus être découragés par les épreuves de la vie finissent toujours par bousculer certaines « certitudes » que nous nous étions forgées - l’idée qu’un chrétien aurait la vie plus facile que les autres, que la prière écarterait tous les obstacles…

 

Mais quand les malheurs arrivent quand même, que nos prières semblent sans effet… alors l’Ecclesiaste nous encourage à recevoir ces choses comme elles sont, sans y ajouter une souffrance spirituelle.

 

Sans avoir peur que l’existence de ces drames remette en question celle de Dieu : oui, la vie est pleine de contradictions, de douleurs et de mystères…

 

Oui, aucune de nos sécurités ne tient totalement, et Dieu peut sembler terriblement absent - mais en même temps Qohelet fait le constat de la réalité de ses interventions ; même si on peut voir des mécanismes biologiques purement matériel derrière toutes choses – même l’amour ! - ultimement, Dieu reste la source de toute vie et celui qui lui donne sens, le juge ultime. 

 

En somme, face aux épreuves que nous rencontrons, l’Ecclesiaste nous encourage : plus que de remettre Dieu en cause, elles démontent surtout nos fausses croyances, nos fausses sécurités - nos systèmes où tout doit rentrer dans des cases bien définies, alors que la vie échappe toujours à nos prévisions et que Dieu seul connait le fin mot des choses.

 

 

Le bonheur en Dieu

 

En somme, Qohéleth encourage à ne pas s’attacher à des illusions afin de rester en marche vers Dieu : en marche intérieurement, spirituellement, pour continuer à chercher Dieu dans la prière, la réflexion et l’action. 

 

Et en marche aussi vers le Royaume qui vient, sans oublier que ce monde n’est qu’un passage vers une réalité plus grande. Qu’il ne s’agit de ne pas se construire des bunkers ou des palais, mais de continuer à vivre comme sous une tente, car notre véritable demeure, celle où nous serons parfaitement en sécurité, est encore à venir, lorsque Dieu établira son Royaume. 

 

Et dans cette marche, recevoir avec reconnaissance tout ce que Dieu nous donne : telle est la voie du bonheur

 

« Il n'y a de bon pour l'être humain que de manger, de boire et de voir le bonheur dans son travail ; moi, je l'ai vu, cela vient de Dieu.

26Car à celui qui lui est agréable, il donne la sagesse, la connaissance et la joie ; mais au pécheur il donne pour occupation de recueillir et d'amasser, afin de donner à celui qui est agréable à Dieu ». 

 

 

« Je sais pourtant, moi aussi,

qu’il y aura du bonheur pour ceux qui craignent Dieu,

parce qu’ils ont de la crainte devant sa face,

13mais qu’il n’y aura pas de bonheur pour le méchant

et que, passant comme l’ombre, il ne prolongera pas ses jours,

parce qu’il est sans crainte devant la face de Dieu ».

 

et je fais l’éloge de la joie ;

car il n’y a pour l’homme sous le soleil

rien de bon, sinon de manger, de boire, de se réjouir ;

et cela l’accompagne dans son travail

durant les jours d’existence

que Dieu lui donne sous le soleil » (8)

 

9.9

7 Va, mange ton pain avec plaisir et bois ton vin d'un cœur joyeux, car Dieu a déjà approuvé tes actions. 

8 En toute circonstance, mets des vêtements de fête et n'oublie pas de parfumer ton visage. 

9 Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, chaque jour de la fugitive existence que Dieu t'accorde sous le soleil. C'est là ce qui te revient dans la vie pour la peine que tu prends sous le soleil. 

10 Utilise ta force à réaliser tout ce qui se présente à toi. Car il n'y a ni action, ni réflexion, ni savoir ni sagesse là où sont les morts que tu vas rejoindre.

 

 

Oser le bonheur avec Dieu ! Un bonheur, on le voit, très loin des clichés sur le croyant triste et désincarné : oui c’est un bonheur à chercher avec Dieu, mais un bonheur incarné, quotidien : profiter des bonnes choses de la vie avec discernement. 

Recevoir les autres, l’amour, la famille, le travail, la nourriture, toutes les bulles de lumière de cette vie… comme des dons de Dieu. Et lui rendre grâce pour tout ça. 

 

            

Le bonheur : faire la volonté de Dieu, obéir à ses commandements.

 

Ancré en Dieu, ce bonheur est aussi lié à l’obéissance à Dieu : telle est la conclusion de Qohelet, ce qui reste à la fin.  

 

Ecclésiaste 12 : 13-14 : « 13 Ecoutons la conclusion de tout le discours : Crains (=respecte) Dieu et observe ses commandements. C'est là tout l’humain. 14 Car Dieu fera venir toute œuvre en jugement, pour tout ce qui est caché — que ce soit bien ou mal ».

 

Un jugement aura lieu, de tous nos actes et pensées, Qohelet le croit. Dieu ne laissera pas le mal impuni. Alors il est important de réfléchir à ce que l’on fait, pour être en paix avec Dieu et être heureux. 

Pour cela, la Parole de Dieu est un guide sûr, un appui qui ne déçoit pas. 

 

Ecouter cette Parole et lui obéir, c’est marcher sur un chemin sûr, un chemin de vie… 

 

 

Vivre une attente joyeuse

 

On trouve donc dans l’Ecclesiaste un solide antidote au pessimisme, ancré dans la réalité mais enraciné dans l’espérance. 

 

Si, dans tout le livre, Qohéleth fait le constat des contradictions qui apparaissent dans ce monde, sans forcément donner d’explications, cela fait émerger une certitude centrale : Dieu est à l’œuvre, et nos systèmes humains ne peuvent l’enfermer. Ils sont tous insuffisants, et leur accorder trop d’importance nous enferme, et nous détourne du vrai bonheur avec Dieu. 

 

Alors faisons lui confiance, envers et contre tout : telle est la voie du bonheur. 

 

Sous l’inspiration de Dieu, Qohéleth devinait qu’un avenir nouveau s’ouvrirait, un jour, que Dieu jugerait toutes choses, mais il ne savait pas à quoi il ressemblerait. 

 

Ce jour nouveau est venu avec Jésus-Christ. Il est notre sagesse. Le chemin, la vérité. Il est tout ce dont nous avons besoin pour marcher dans ce monde, où il marche avec nous. 

Sur la croix, il a pris sur lui notre condamnation, et celui qui met sa foi en lui n’est plus jugé mais il entre dans la vie éternelle…

C’est une perspective dont Qohelet n’aurait jamais osé rêver, et qui change tout !

 

Alors, en ce temps de l’Avent troublé, ne nous laissons pas désespérer, mais restons réveillés, mobilisés, les pieds sur terre mais les yeux fixés sur Jésus,pour regarder plus loin que l’actualité, dans l’attente de sa venue.  

Tout alors sera révélé, tout prendra sens. 

 

En attendant, que cette espérance nous renouvelle, nous donne envie de vivre, passionnément, pleinement, en accueillant avec reconnaissance toutes les joies, grandes et petites, que le Seigneur veut nous donner ! 

            

Amen

 


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