Prédication du 10 février 2019 Série « nous croyons » (2/5) « Il a donné sa vie en sacrifice, une fois pour toutes, sur la croix ». (S. Guiton)

Je vous propose de poursuivre de sonder les mystères qui fondent noter foi chrétienne, en parcourant la confession de foi des Eglises Evangéliques Libres. C’est l’article 2 qui va nous intéresser aujourd’hui, dans la droite ligne du cantique que nous venons de chanter.

2. Nous croyons en Jésus-Christ, né de la vierge Marie, vrai Dieu et vrai homme, médiateur d'une alliance nouvelle par laquelle la vérité et la vie sont offertes aux hommes. Il a donné sa vie en sacrifice, une fois pour toutes, sur la croix. Livré pour nos fautes, il est ressuscité pour notre justification. Il est les prémices de notre propre résurrection. Elevé à la droite de Dieu, il est l'unique voie de salut.

Jésus a été donné sa vie en sacrifice sur la croix pour nos fautes » : cette interprétation de la mort de Jésus de Nazareth est bien au coeur de notre foi - de nos chants, de la Sainte Cène… Et pourtant, elle n’a reste pour beaucoup un « scandale », c’est-à-dire, littéralement, une pierre qui fait trébucher. Une folie, dit même Paul. 


Car la Bible ose poser l’équation suivante, qui a de quoi surprendre.



Méditons cela à travers un passage de la Bible. 


Hébreux 10.1-23

Cette lettre s’adresse probablement à des chrétiens issus du judaïsme. L’auteur leur écrit pour les encourager à persévérer dans leur foi, car après la passion des débuts de leur conversion, ils ont tendance à se décourager. Certains laissent même tout tomber. 
Alors l’auteur leur explique à nouveau le mystère de l’Evangile : Dieu avait établi une première alliance avec les hommes par la loi de Moïse, la mort de Jésus a inauguré une nouvelle alliance qui accomplit parfaitement tout ce que la première ne parvenait pas à faire.

1 La loi, en effet, possède une ombre des biens à venir, et non l'exacte représentation de la réalité; elle ne peut jamais, par l’offrande annuelle et toujours répétée des mêmes sacrifices, conduire à la perfection ceux qui y participent. (…) 5 C'est pourquoi, en entrant dans le monde, Christ dit : Tu n'as voulu ni sacrifices ni offrandes, mais tu m'as formé un corps; 6 tu n'as accepté ni holocaustes ni sacrifices pour le péché, 7 alors j'ai dit: ‘Me voici, je viens – dans le rouleau du livre il est écrit à mon sujet – pour faire, ô Dieu, ta volonté.’ (…)
10 Et c'est en raison de cette volonté que nous avons été rendus saints par l'offrande du corps de Jésus-Christ une fois pour toutes.
11 Tout prêtre se tient chaque jour debout pour faire le service et offrir fréquemment les mêmes sacrifices, qui ne peuvent jamais enlever les péchés, 12 tandis que Christ, après avoir offert un seul sacrifice pour les péchés, s'est assis pour toujours à la droite de Dieu. 13 Il attend désormais que ses ennemis soient réduits à lui servir de marchepied. 
14 En effet, par une seule offrande il a conduit à la perfection pour toujours ceux qu’il rend saints. 15 C'est ce que le Saint-Esprit nous atteste aussi, car après avoir dit: 
16 Voici l'alliance que je ferai avec eux après ces jours-là, dit le Seigneur: je mettrai mes lois dans leur cœur et je les écrirai dans leur esprit, 
17 il ajoute: Je ne me souviendrai plus de leurs péchés ni de leurs fautes.
18 Or là où il y a pardon des péchés, il n'y a plus à présenter d'offrande pour le péché. 
19 Ainsi, frères et sœurs, nous avons par le sang de Jésus l’assurance d’un libre accès au sanctuaire. 20 Cette route nouvelle et vivante, il l’a inaugurée pour nous au travers du voile, c'est-à-dire de son propre corps. 21 De plus, nous avons un souverain prêtre établi sur la maison de Dieu. 22 Notre coeur est nettoyé de tout ce qui le rend coupable et notre corps a été lavé dans une eau pure. Alors approchons-nous avec un cœur sincère et en croyant avec assurance. 
23 Affirmons ce que nous espérons sans nous décourager, car Dieu tient ses promesses et il est fidèle. 24 Veillons les uns sur les autres pour nous inciter à l'amour et à faire le bien. 25 N’abandonnons pas notre assemblée, comme certains en ont l’habitude, mais encourageons-nous mutuellement ».


L’idée clé de ce passage complexe, c’est qu’en une seule fois, Jésus a réglé le problème du péché et ouvert à tous l’accès à Dieu - que la première alliance ne traitait qu’imparfaitement. Et qu’il l’a fait en se sacrifiant volontairement. 

A longueur de films, aujourd’hui, on voit des gens qui se sacrifient pour les autres. Pourtant l’idée que Jésus se soit sacrifié pour que Dieu puisse nous pardonner choque nos consciences contemporaines - au point que même parmi les chrétiens, bien des interprétations de la croix excluent aujourd’hui cette idée de sacrifice : on garde l’amour ; le fait que Jésus ait été innocent, et que sa mort révèle notre propre violence. Le fait qu’il a vécu jusqu’au bout son propre message d’amour et de pardon. Tout cela est vrai. Et le discours biblique sur la croix ne doit surtout pas être simplifié à l’extrême, alors qu’il est multi-facettes : différentes images et explications de la croix sont présentes dans la Bible, comme autant de facettes, d’angles de vue sur une même réalité. 

Cependant le discours dominant est que la croix est bien « un sacrifice pour nos péchés ». Mais sans doute y a-t’il beaucoup de contresens sur ce que cela signifie. Peut-être a-t’on besoin, pour mieux comprendre, de placer la croix dans la perspective de l’ancienne alliance, comme le fait ce texte. 

Tout le système religieux de la première alliance, décrit dans le Lévitique, est fondé sur la révélation que Dieu est saint, et que rien de ce qui est concerné de près ou de loin par le mal ne peut approcher de lui. Dieu dit même à Moïse (qui pourtant parlait avec lui « comme un ami parle à son ami « ) : « voir mon visage, c'est impossible, dit Dieu à Moïse. En effet, un être humain ne peut pas me voir et rester vivant. » (Ex 33.20). A cause de la souillure, de l’impureté provoquée par le péché. 

Cela explique d’abord les sacrifices d’animaux : ils étaient nécessaires pour que les hommes puissent s’approcher de Dieu sans mourir à cause de leur péché. 
Pourquoi des sacrifices d’animaux ? Symboliquement, les péchés de celui qui offrait le sacrifice étaient « transférés » sur l’animal, qui mourait à la place du coupable. Ce n’était qu’un transfert symbolique, un système temporaire - Dieu acceptait par ce geste qui devait être un geste de foi de différer son jugement et d’accueillir le pécheur. 
Comme le rappelle le v.11, le grand prêtre devait offrir tous les jours ces sacrifices pour ses propres péchés et ceux du peuple. 
La répétition de ces sacrifices signifiait en tout cas que le péché restait bien présent, sans que les hommes en soient délivrés. Rien n’était réglé. 

Mais le Christ, « après avoir offert un seul sacrifice pour les péchés », « par une seule offrande », « a conduit à la perfection pour toujours ceux qu’il rend saints ». Ce qui signifie qu’en s’offrant lui-même, Jésus Christ casse le système : ce don parfait du Fils de Dieu, innocent, pur, règle aux yeux de Dieu la question du péché. En lui, la libération du péché est définitivement acquise. 
Et c’est « une fois pour toutes ». L’auteur insiste là dessus. 
"Or là où il y a pardon des péchés, il n'y a plus à présenter d'offrande pour le péché ». 

Le pardon est offert, en somme, sans qu’aucun sacrifice soit nécessaire. Dieu a tout accompli. C’est la grâce, le cadeau de Dieu. 

Deuxième aspect, deuxième réalité du judaïsme ancien : le rideau du Lieu très Saint, auquel les v.19 et 20 font allusion. A cause du péché toujours, l’accès à la présence de Dieu n’était pas ouvert à tous. Il y avait cependant, au coeur du Temple, un pièce nommée le lieu Très Saint. On y était au plus près possible de Dieu.


Mais la pièce était fermée par un « voile » infranchissable, et personne ne pouvait entrer là sous peine de mourir, à part le grand prêtre, une fois par an, le jour du Grand Pardon, qui venait offrir un sacrifice pour les péchés de tout le peuple juif. Et encore, le grand-prêtre entrait avec une chainette au pied, comme ça s’il mourait (en entrant sans respecter les règles de purification par ex.) on pouvait sortir son corps sans mourir à son tour ! Terrible sainteté de Dieu…

Quand Jésus est mort, le voile du Temple s’est déchiré de haut en bas, ouvrant à tous ceux qui croient en lui le chemin vers ce Dieu saint. 
« Il a ouvert pour nous un chemin nouveau et vivant à travers le rideau du temple, c'est-à-dire à travers son corps humain ».

Ainsi donc, c’est par la croix que Dieu règle la question du péché et nous ouvre sa présence.
La croix n’est donc pas un accident mais le moyen que Dieu a choisi pour me sauver, dans un plan fixé de longue date, comme l’auteur le prouve en citant plusieurs passages des Psaumes où Jésus, déjà, parle. Car c’est bien lui le FIls qui dit à Dieu le Père : « Tu n'as voulu ni sacrifices ni offrandes, mais tu m'as formé un corps; … j'ai dit: ‘Me voici, je viens … pour faire, ô Dieu, ta volonté ».

Beaucoup imaginent spontanément que puisque Dieu est amour, il ne peut que nous accueillir près de lui, que c’est simple… c’est vrai - mais uniquement parce que Jésus a fait ce qu’il fallait pour que le péché ne fasse plus obstacle entre Dieu et nous. 
Comment Dieu, qui est parfaite justice, pouvait-il répondre en même temps à l’exigence d’être juste - et donc de ne pas laisser le mal impuni - et au désir de son coeur de Père de nous réconcilier avec lui, de nous accueillir dans sa présence sainte, alors qu’un être humain ne peut pas voir Dieu et rester vivant, à cause du péché ? (Ex 33.20)
Comment Dieu pouvait-il concilier la justice et l’amour ? 

Par la croix: elle est la punition que mérite le péché. Une victime est offerte pour le péché. Ainsi, la justice est rendue. 
Mais cette victime, c’est Dieu lui-même, qui prend la place du condamné pour que nous soyons déclarés innocents - ainsi, son amour s’exprime.

Cela donne encore plus profondeur à l’amour que Dieu exprime ici pour nous. 



Alors oui, il est possible de poser cette équation : la croix, c'est de l'amour. 

Maintenant, la question qui se pose à nous, face à tout cela, c’est : qu’est-ce que je vais en faire ? Qu’est-ce que ça change pour moi, aujourd’hui ? Comment répondre à cet acte d’amour ? 

La croix est un carrefour pour chacun d’entre nous et nous appelle à un choix : croire, recevoir ce que Dieu nous offre là - et vivre. Ou bien passer notre route, dire non, et rester loin de Dieu. Rester dans la mort. 

Comment accepter ? 

Je ne crois que pour cela il faille d’abord chercher une émotion, négative ou positive, contrairement ce qui a pu se faire. Beaucoup de nos chants parlent d’être « émus », « bouleversés » par la croix (on va en chanter un après !). Pourquoi pas…
Mais les émotions passent. Et puis, attention à l’usage qu’on a pu en faire : quand j’étais ados, dans un camp, un pasteur nous a un jour montré une image de la crucifixion, en nous 
interpellant : « si vous ne ressentez rien en regardant la croix, il y a un problème dans votre vie » ! 
De même, une de mes amies exprime encore la colère, à 80 ans passés, quand elle raconte comment, dans son enfance, le prêtre lui montrait la croix en lui disant : « tu vois, c’est à cause de toi qu’on lui  fait ça »!  Autant vous dire qu’il ne fait pas lui parler de la foi chrétienne. Comment peut-on faire ça à des enfants ? 

Oui la croix acte notre culpabilité devant Dieu, mais pour nous en libérer ! 

Bien sûr, comme l’a dit quelqu’un, il y a pour nous, dans le sacrifice de Jésus, à la fois de la joie et de la douleur : « douleur, car ce que le Christ a souffert ne peut pas être pris à la légère ; joie, car cette douleur est la cause de notre paix d’enfants de Dieu, de notre réunion dans la famille du Père, de notre accès à l’amour ». 
Et c’est la joie qui domine ! « Goûtez et voyez combien l’Eternel est bon ! ». 

A la croix, Dieu m’invite aussi à changer en profondeur mon regard sur moi-même. En la regardant, je peux me dire : je suis aimé jusque-là. Dieu a estimé que je valais assez pour aller jusque là pour me ramener vers lui. 
Et ça change tout. 

Je reviens à la question : comment répondre à cette déclaration d‘amour de Dieu ? La fin du texte nous le dit, simplement : « approchons-nous avec un cœur sincère et en croyant avec assurance ». 


Approchons-nous. C’est ça le mouvement de la foi. 

Pendant la semaine, j’ai entendu cette citation : « Dieu n’attend rien de moi. Il m’attend, moi ». 
Voilà comment je peux répondre : en recevant ce que Dieu m’offre avec confiance, et en m’approchant de lui.

Jésus lui s’est déjà approché de nous ; il n’est plus sur la croix, il est ici. Ressuscité des morts, il est vivant, présent ici même si nous ne pouvons pas le voir. 

Il nous invite à nous approcher de lui à notre tour, en le priant. 
Il nous invite à « gouter et voir combien l’Eternel est bon » ! (Ps 34).

Cette décision est personnelle. Nous pouvons décider de dire oui à Dieu, dans une prière - ou pas. 
Je vais donc conclure en priant, et je vous propose de vous associer à ma prière, si vous le souhaitez. 
Peut-être vous dites-vous : « J'ai besoin de plus de temps pour y réfléchir. » 
Prenez votre temps, ne faites rien qui vous mette mal à l’aise ou qui ne vienne pas « d’un coeur sincère ». 


« Seigneur Jésus-Christ, 
Je m’approche de toi maintenant. 
J’ai conscience de tout ce que j'ai pu faire de mal, [j’ai des exemples en tête]  De tout ce qui me sépare de toi.
Je te demande pardon. Je veux vraiment choisir la vie avec toi. 
Merci d’être mort pour moi sur la croix, pour que je sois pardonné et libéré. Merci de m’offrir ton pardon. Je le reçois maintenant. 
Entre dans ma vie Seigneur par ton Esprit Saint, que j’entre dans la vie éternelle avec toi. Conduis-moi plus près de toi. 
Merci, Jésus. 

Amen ! »


Sylvain Guiton 

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